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 L'interdiction de l'amiante : une bataille planétaire

procès de Turin

L' international ......

ibasecretariat.org (secrétariat Ban Asbestos International)
2 0 1 7

Avril

Le gouvernement du Canada appuie l'inscription de l'amiante chrysotile à la Convention de Rotterdam.

Canada : des dizaines d'établissements du Québec pris en défaut.

Belgique : Après 17 ans de procédure juridique, la Cour d'appel de Bruxelles a jugé, le 28 mars 2017, la société Eternit-Belgique fautive et responsable du décès par mésothéliome de Françoise Vannoorbeek-Jonckheere. Vous pouvez lire le communiqué de l'Abeva ici, ainsi que la Carte Blanche d'Eric Jonckheere dans "La Libre Belgique".

Dear Eric & Ian,

In the name of Ban Asbestos, I am sharing congratulations of the International Ban Asbestos Network for such a determinant decision. It is giving hope to all of us!

Thanks for your will and work which succeeded to win against Eternit lawyers and experts.

In Solidarity,

Annie

Suisse : vous trouverez ici le Bulletin N°13 de la Caova.

Mars

Belgique : À l'heure où se déroule le procès de la famille Jonckheere contre Eternit, le Fonds Amiante, créé le 1er avril 2007, a indemnisé 2700 personnes victimes d'asbestose ou de mésothéliome en dix ans.

Kymore (Inde) : Durant des décennies, ce village au centre de l'Inde a été contaminé par les déchets d'amiante du groupe belge Etex, ex-Eternit, de Turner & Newall, et d'Everest Industries (toujours en activité). Vous pouvez lire un premier article du journal belge "Le Vif ", et un second plus détaillé encore sur les conditions intolérables dans lesquelles 8000 personnes vivent à l'heure actuelle.

Canada / Désamiantage : le syndicat FTQ Construction réclame que des actions sévères soient intentées contre les entreprises qui mettent en danger la santé des travailleurs.

Canada : Des institutions publiques contestent les indemnités accordées à des retraités malades de l'amiante. À voir également dans cet article, la carte de l'amiante au Canada.

Tissemssilt (Algérie) : Des citoyens continuent de dénoncer la présence d'amiante dans des constructions datant du séisme de Chlef, en 1980, et ne cessent de réclamer une aide des autorités.

Suisse : Le bulletin N°12 de la Caova est disponible ici. L'association sera présente à Bruxelles le 28 mars pour soutenir la famille Jonckeere.

Février

Suisse : Vous pouvez lire ici le bulletin N°11 de la Caova.

Béjaïa (Algérie) : Les élèves du Technicum (lycée technique) manifestent pour dénoncer leur exposition à l'amiante.

 

Janvier

Interdiction de l'amiante au Canada en 2018 : La Chambre de commerce et d'industrie de Thetford Mines (CCITM), haut lieu de la production canadienne, ne s'en réjouit guère et fait pression pour que les résidus miniers ne soient pas inclus dans l'interdiction !

Schaerbeek (Belgique) : Deux ans de travaux, des logements sociaux truffés d'amiante et des inquiétudes à tous les étages. Davantage d'informations dans l'article Le Vif / L'Express.

Procès Eternit bis : le parquet de Turin et le parquet général du Piémont s'opposent à la décision prise fin novembre et ont décidé de saisir la Cour de cassation. Stephan Schmidheiny, ancien dirigeant de la société Eternit, sera jugé pour deux cas à partir du 14 juin 2017.

Des riverains craignent les dépôts d'amiante près de deux écoles à Wezembeek-Oppem (Belgique) : une entreprise de démolition " commet des irrégularités depuis 20 ans dans une zone d'habitation, où 180 enfants fréquentent deux écoles maternelles ", résume Dinu Baldovin, membre du comité de quartier. L'entreprise est en possession d'un permis régional de "classe 1", ce qui " légitime une pollution des sols, du stockage de déchets dangereux, le dépôt de gravats contenant de l'amiante ou le broyage de ces matériaux de chantier, qui libère la dangereuse substance dans l'air ". Une situation qui n'est pas sans rappeler celle que connut Aulnay-sous-Bois avec l'usine de broyage d'amiante CMMP, qui détient le triste record d'avoir causé plusieurs centaines de décès... et d'en causer encore. Situation également pour le moins similaire avec ce que vivent les riverains de la société Harsco sur les communes d'Imphy et Sauvigny-les-Bois dans la Nièvre où, pour lutter contre le pollueur, s'est organisé le Collectif Stop Pollutions, antenne officielle de l'Association Henri Pézerat (page Facebook ici) ; vous pouvez également visionner le reportage de France 5.

Vous pouvez lire ici le bulletin N°10 de l'association Suisse Caova.

Le Kenya se bat pour se débarrasser de ses innombrables toitures en fibrociment. Elizabeth Njeri témoigne de la prise de conscience dans le pays de la haute toxicité de l'amiante-ciment. Le gouvernement avait initié son remplacement par des tuiles de fer, mais leur coût onéreux a, pour l'instant, mis un terme à ce gigantesque chantier. Se pose aussi le problème récurrent : que faire des déchets amiantés ? Nos pages en anglais vous guideront vers un reportage vidéo.

 

Le mardi 3 janvier 2017 à 9h se sont ouverts, devant la cour d'appel de Bruxelles, les débats relatifs au procès intenté par Françoise Vannoorbeeck - Jonckheere à la multinationale belge Eternit, qui fait appel au jugement prononcé, fin octobre 2011, par la 2e chambre civile du tribunal de première instance de Bruxelles. Eternit avait, à l'époque, été condamné à dédommager la famille à hauteur de 250 000 euros. Pour rappel, Eternit avait proposé 42 000 euros contre l'abandon de toute démarche judiciaire, et Françoise, victime environnementale de l'amiante de cette société, avait " refusé l'argent du silence ", comme le rappelle à juste titre son fils, Eric Jonkheere, Président de l'Abeva." Je suis Françoise ". C'est ainsi que se sont présentés, pancartes à la main, les nombreux soutiens venus de Belgique, de France, d'Italie. L'enjeu est considérable : que la responsabilité du pollueur mondial Eternit soit reconnue. Pour sa part, il plaide la prescription, après avoir fait du lobbying en faveur de l'amiante, dissimulé ses dangers et fait des milliers de victimes. Comble : il dénonce l'activisme de l'Abeva !

Le jugement sera rendu le 14 mars 2017.

Nous faisons part de notre soutien fraternel à la famille Jonckheere, qui, au-delà du drame d'une famille décimée, se bat au nom de toutes les victimes de l'amiante.

USA - Nous nous devons malheureusement mettre un bémol aux bonnes nouvelles annoncées récemment (voir ci-dessous). Un article sur un site Russe (source de notre secrétariat international) prévoit que, sous la présidence de D. Trump, des mesures vont inclure le déclassement des régulations évitant l'utilisation de l'amiante. En se référant à des déclarations faites avant et pendant son élection, le journaliste conclut que les pouvoirs de l'Agence de Protection de l'Environnement (Environmental Protection Agency) vont être grandement réduits et que les matériaux amiantés vont bénéficier d'une nouvelle popularité : " La manière la plus évidente de réduire les coûts dans l'industrie de la construction est de mettre un terme aux restrictions de l'utilisation de l'amiante chrysotile. " Est mentionnée une citation de Trump, qui attribue l'effondrement des tours jumelles du World Trade Center en 2001 à leur manque d'amiante coupe-feu ! Nos " Pages en anglais " vous mèneront à l'information d'origine. À noter que la traduction du titre de l'article russe est : " Le retour de la bonne réputation de l'amiante "… À prendre en compte également : en 2014, la Russie restait le premier producteur d'amiante au monde - 1 100 000 tonnes, et le premier utilisateur mondial - 608 000 tonnes.

 

Irlande - Les experts prédisent que les décès liés aux cancers dûs à l'amiante vont continuer à augmenter de 20 cas en 2005 à 68 en 2020, soit un bond de 340%. Tandis que ces décès sont relatifs aux expositions qui ont eu lieu il y a des décennies, les dangereuses expositions continuent et l'on prévoit qu'elles vont augmenter, puisque l'économie Irlandaise se rétablit, avec des projets de rénovation qui se mettent en place sur des sites sur lesquels de l'amiante avait été utilisé lors de leur construction. Les notifications obligatoires au Comité d'Hygiène et Sécurité (Health and Safety Authority) sur la présence d'amiante antérieure aux travaux de démolition ou de rénovation a augmenté de 164 en 2010 à 290 à la mi-décembre 2016. Nos pages en anglais vous guideront vers un article édifiant du journal "Irish Examiner".

 

L'utilisation de fibrociment pour les toitures est chose courante à Cuba, comme le dénonce un commentaire publié cette semaine, qui met en lumière la connaissance approfondie et de longue date des dangers de l'exposition des êtres humains à l'amiante, ainsi que le relate un article Cubain de novembre 2016 dans " The Havana Times ". L'auteur y détaille la cote, tours d'actualité, des tuiles en fibrociment, en se concentrant sur la situation de sa ville de Guantanamo et demande pourquoi les autorités, à Cuba, n'ont jamais agi contre le danger de l'amiante. Entre 2012 et 2014, Cuba en a utilisé en moyenne environ 6000 tonnes par an. Pour lire l'article en anglais, dont on peut traduire le titre par " Amiante, ouragans et cancers à Cuba", rendez-vous dans nos "pages in English".

 

Le Canada va interdire l'amiante dès 2018 : plus de 150 pays dans le monde considèrent l'amiante, un produit notamment utilisé dans la construction, comme dangereux. Le Canada pourrait se joindre à eux car il va interdire l'amiante en 2018, vingt ans après la France, par l'interdiction de toute utilisation dans toute nouvelle construction, d'exportation mais aussi d'importation car le Canada importe toujours des produits qui contiennent de l'amiante comme des plaquettes de frein ou des matériaux de construction (ces importations ont pratiquement doublé en cinq ans depuis que le pays a arrêté d'en produire). L'organisation mondiale de la santé (OMS) a d'ailleurs condamné ce produit il y a trente ans. Le gouvernement va aussi introduire de nouvelles protections pour les travailleurs et va faire entre autres l'inventaire des immeubles qui en contiennent.

 

L'amiante bientôt interdit aux Etats-Unis : bien qu'il ne soit plus utilisé dans ce pays, l'amiante y demeure légalement autorisé. L'interdiction totale semble enfin en vue, avec l'annonce mardi 29 novembre 2016 par l'agence américaine de protection de l'environnement (EPA) d'une réévaluation des risques. Il n'y est quasiment plus utilisé, les industriels rechignant à recourir à ce matériau qui leur a coûté cher depuis les années 1970, en raison de nombreuses demandes d'indemnisation par des victimes de ce produit concérigène. Après plusieurs rendez-vous manqués, la fin s'annonce enfin proche.

 

Communiqué de presse du 29/12/2016 de L'ABEVA (Belgique) qui appelle à un rassemblement citoyen massif pour le PROCES DE L'AMIANTE afin que la responsabilité d'Eternit soit confirmée ! Le mardi 3 janvier 2017 à 9h se tiendront, devant la cour d'appel de Bruxelles, place Poelaert, les débats relatifs au procès intenté par Françoise Vannoorbeeck - Jonckheere à la multinationale belge Eternit.

En 2011, Eternit a été jugée en première instance responsable et fautive du décès de Françoise Vannoorbeeck - Jonckheere, intervenu en 2000 suite à un mésothéliome, une affection grave, à ce jour incurable, causée par une exposition à l'amiante. Pour mémoire son mari, cadre de la société, est décédé en 1987 du même mal, lié à son activité professionnelle. Deux de leurs cinq fils sont décédés aussi de mésothéliome, l'un en 2003, l'autre en 2009, victime comme leur mère d'une exposition environnementale. La famille était riveraine de la société Eternit, à Kapelle-op-den Bos. Lanceuse d'alerte avant l'heure, ce premier procès du genre est possible car Françoise refusa les 42000 proposés par la multinationale qui tenta ainsi de lui acheter son silence. En brisant l'omerta, la victime et sa famille s'en prennent à une multinationale puissante en Belgique et dans le monde. Les motivations du jugement sont claires et cinglantes pour la société Eternit. Ce premier jugement établit aussi la responsabilité historique de la société dans la négation d'abord et la minimisation ensuite des dangers de l'amiante. Il qualifie de " cynisme incroyable et d'esprit de lucre " l'attitude d'Eternit. Eternit a fait appel. La société persiste à contester avoir commis une faute et joue la prescription pour ce qui est de sa responsabilité. De nos jours, la "poussière du diable" tue plus que nos routes. 210000 morts par an dans le monde. Trop d'enfants, d'enseignants, de plombiers ou électriciens sont encore quotidiennement exposés à l'amiante. L'amiante n'est PAS un problème du passé! Après quelques années de baisse, la production mondiale d'amiante est hélas reparti à la hausse. L'ABEVA espère vivement que le jugement de première instance sera confirmé en appel. L'ABEVA appelle à un rassemblement citoyen massif le 3 janvier 2017 aux marches du palais de justice à Bruxelles, place Poelaert, à partir de 7h45. Nous nous rendrons ensuite dans la salle d'audience de la cour d'appel. Contact : Eric Jonckheere 0476 788833 jonckair@gmail.com


L'INTERDICTION DE L'AMIANTE : UNE BATAILLE PLANÉTAIRE

Si quelques voix s'élèvent à la fin des années 80 et au début des années 90 pour réclamer l'interdiction de l'amiante dans le monde, comme celle de la FITBB ( Fédération Internationale des Travailleurs du Bâtiment et du Bois) avec son Manifeste de Berne du 17 décembre 1991, le véritable coup d'envoi d'une bataille qui allait bientôt se dérouler sur tous les continents est donné les 17 et 18 avril 1993 en Italie à Milan lors de la rencontre internationale " Bastamianto " organisée sous le patronage de la région Lombardie. Scientifiques, chercheurs, spécialistes du monde médical, parlementaires, syndicalistes et représentants du monde associatif, réunis à cette occasion, lancent un appel pour que l'interdiction de l'amiante devienne enfin effective et totale. Ils précisent : "Cette loi d'interdiction ne règlera pas tout. L'assainissement des lieux contaminés, la surveillance épidémiologique des populations exposées, l'indemnisation des victimes seront à l'ordre du jour pour longtemps encore".

Naissance du réseau Ban Asbestos

C'est l'année suivante lors du Séminaire international " Amiante : bannissement ou usage contrôlé ? " tenu les 28, 29 et 30 mars 1994 à São Paulo au Brésil que sera tirée, au terme de trois jours de rencontres et de débats, la conclusion qui s'impose : il est temps de construire un réseau planétaire rassemblant tous ceux, organisés ou pas dans des syndicats, associations ou mouvements, qui ont décidé de mettre fin au premier crime de masse de l'ère industrielle. Ce sera l'acte de naissance du Ban Asbestos Network (BAN : réseau mondial pour l'interdiction de l'amiante).

Mais cette rencontre internationale au Brésil nous donne aussi l'occasion d'identifier sur le terrain ceux qui se rangent dans le camp des promoteurs de l'usage mortel de l'amiante. Pour que ce séminaire se déroule normalement, il a fallu en effet que le Ministère brésilien du Travail résiste aux pressions et autres tentatives d'intimidation de ceux qui entendaient bien voir se poursuivre partout dans le monde le business du " magic mineral " : pressions des exploitants de mines d'amiante représentés par la S.A. Mineraçao de Amianto (SAMA), du Comité Permanent Amiante français et surtout de l'Ambassade du Canada, affirmant ainsi clairement le rôle prépondérant joué par ce pays dans la défense, sur tous les continents, de l'utilisation de la fibre tueuse.

Le lobby canadien, qui - dans une union sacrée pour défendre son industrie minière et ses exportations porteuses de mort - rassemble, au nom du patriotisme économique, industriels, gouvernements fédéral et québécois, ainsi que certains syndicats, n'apprécie guère les empêcheurs de faire du business en rond. Il ne va pas tarder à se manifester de nouveau.

Le réseau Ban Asbestos prend pied ici et là, d'un continent à l'autre, et commence à rassembler les énergies. Les partenaires s'appellent :

Swedish Metalworkers'Union (Suède), Japan Citizens' Network for Wiping out of Asbestos (Japon), Medicina Democratica (Italie), Associazione degli Esposti all' Amianto (Italie), Bureau technique syndical européen pour la santé et la sécurité (Bruxelles), The Society for the Prevention of Asbestosis and Industrial Diseases (G.B), Hull Asbestos Action Group (G.B),Clydeside Action on Asbestos (G.B), White Lung Association (USA), Asbestos Victims Special Fund Trust (USA), Bond Beter Leefmilieu (Belgique), Alianza frente al Asbesto (Pérou)

Difficilement supportable pour le lobby et pour son centre nerveux canadien, l'Institut de l'Amiante, qui publie dès 1994 un document intitulé : "Ban Asbestos : une supercherie de fanatiques". De ce texte on citera simplement cette phrase : "La poursuite aveugle des buts exposés dans le manifeste du mouvement Ban Asbestos risque d'imposer des coûts énormes à la société et exposerait inutilement le public et les travailleurs à un risque plus élevé". Et l'on se posera simplement la question : existe-t-il un " risque plus élevé " que les millions de morts causés par l'amiante de par le monde, dont l'Institut de l'Amiante semble ne jamais avoir entendu parler ?

L'action de BAN en France et en Europe : un mouvement s'organise

Ces années-là, la bataille fait rage en France, pays qui occupe une place centrale dans la stratégie mise en œuvre par le lobby de l'amiante. Ce dernier ne se vante-t-il pas d'avoir torpillé toute évolution de la législation européenne vers une interdiction du matériau par l'intermédiaire du tristement célèbre Comité Permanent Amiante (CPA), fleuron de la désinformation à la française ? Saint-Gobain, qui contrôle une partie de l'extraction minière de l'amiante au Brésil, n'est-elle pas une des fiertés du capitalisme à la française ?

Le 25 août 1994 Ban Asbestos publie un communiqué de presse en réaction à la mort d'un sixième enseignant du Lycée professionnel de Gérardmer dans les Vosges, dont la cause semble imputable à la présence d'amiante dans les plafonds de l'établissement.

Extrait : " Bien que les différents Ministères concernés, et en particulier celui de l'Education nationale, aient été alertés dès début 1992, ainsi que le Conseil supérieur d'Hygiène publique de France, un recensement exhaustif des bâtiments floqués n'a toujours pas été mené à bien sur l'ensemble du territoire. Aucun plan de prévention impliquant une évaluation correcte des risques n'a été mis en œuvre. Le prétexte invoqué est toujours le même : il ne faut pas affoler "inutilement " la population…(…)Y a t'il encore quelqu'un responsable de la Santé Publique en France ? "

Il devient désormais impossible au lobby de l'amiante d'endiguer la déferlante qui s'annonce. En février 1996, Ban Asbestos participe en tant que membre associé à la création de l' Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante (ANDEVA). Les Pouvoirs Publics doivent se résoudre à interdire enfin l'amiante dans notre pays, mesure annoncée le 3 juillet 1996 et effective à compter du 1er janvier 1997.

Dans un communiqué en date du 5 juillet de la même année, le réseau BAN souligne que "les coûts de la reconversion et de l'indemnisation des victimes doivent incomber à l'industrie" avant de demander que "la France soutienne désormais un projet de directive européenne d'interdiction de l'amiante dans les pays de la CEE et que soit introduite dans la réglementation commerciale internationale une clause imposant aux firmes transnationales d'appliquer les réglementations en vigueur dans la CEE".

Chez les marchands de mort, on s'inquiète de l'évolution de la situation. Le 22 juillet 1997, l'Institut de l'amiante canadien réagit dans un mémorandum avec un seul mot d'ordre : "minimiser l'impact de la décision française en Europe et au niveau international"…. Non sans au passage reconnaître l'efficacité de notre travail : "The French government's decision underscores the effectiveness of the Ban Asbestos movement. It is expected that Ban Asbestos will move quickly in other countries in order to capitalize on its recent success in France" ("la décision du gouvernement français témoigne de l'efficacité du mouvement Ban Asbestos. On peut s'attendre à ce que ce mouvement s'étende rapidement à d'autres pays afin de capitaliser son récent succès en France") .

La bataille se déroule effectivement désormais au plan européen où BAN multiplie contacts et rencontres : le 13 mars 1997 séance de travail sur l'interdiction de l'amiante en Europe au Parlement européen de Strasbourg avec le député vert Paul Lannoye ; en juillet 97, contribution à la conférence nationale de l'AEA italienne à Milan. Pour autant le réseau ne néglige pas ce qui se passe dans l'hexagone et de premiers échanges permettent rapidement de comprendre l'importance de ce qui deviendra " l'affaire du CMMP d'Aulnay sous Bois ".

Le Canada et les organisations internationales

L'été 1997 va être marqué par une offensive du lobby de l'amiante avec la tentative d'instrumentaliser les organisations internationales :des scientifiques sont sollicités pour la relecture de chapitres d'un rapport de l'OIT (Organisation Internationale du Travail) intitulé " Exposition aux fibres naturelles et synthétiques ". En fait le rédacteur du chapitre sur l'amiante n'est autre que Jacques Dunnigan, qui a été longtemps porte-parole de l'Institut de l'amiante au Québec et l'éditeur en charge de ce travail n'est pas un inconnu pour tous ceux qui suivent ce dossier de près : il s'agit de Graham Gibbs, défenseur acharné et de longue date de l'industrie de l'amiante…La conclusion du chapitre est donc sans surprise : " Il n'y a pas de risque excessif pour les travailleurs manipulant de l'amiante chrysotile aux niveaux d'exposition actuellement contrôlés ".Devant le refus de beaucoup de scientifiques de voir leur nom associé à cette manœuvre et la protestation de nombre de syndicats, le rapport sera stoppé. Le rôle de veille de BAN, associé à d'autres réseaux de par le monde, voit son importance confirmée avec la mise en échec de cette manipulation vraisemblablement engagée dans la foulée d'une Conférence sur l'amiante organisée au Brésil en mai 1994 par les industriels pour contrer les effets de notre colloque de mars 1994.

Mais le Canada ne se décourage jamais : il tient à rester dans le peloton de tête des marchands de mort. Aussi attaque-t-il la décision française d'interdiction devant l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) en mai 1998 avec pour objectif déclaré de " maintenir l'accès au marché pour les produits à base de chrysotile dont l'usage est sans risque quand il est utilisé correctement ". Ce sera désormais une constante dans la stratégie canadienne de pression tous azimuths : essayer d'accréditer l'idée que le chrysotile (amiante blanc) est inoffensif en comparaison des autres variétés d'amiante (comme la crocidolite ou amiante bleu). L'Institut de l'Amiante sera d'ailleurs débaptisé et deviendra l'Institut du Chrysotile…La ficelle est grosse : le chrysotile représente environ 90% de l'amiante produit et utilisé dans le monde. Il s'agit donc pour le lobby de sauver l'essentiel en se livrant à la désinformation la plus grossière puisque toutes les variétés d'amiante sont reconnues comme cancérogènes.

Vers une interdiction européenne de l'amiante

En cette année 1998 rien n'est encore joué au plan européen et l'offensive canadienne vise à empêcher l'Europe de basculer à son tour. Raison de plus pour ne pas faiblir ! En juin 1998 le réseau organise une réunion au Parlement Européen à Bruxelles qui rassemble parlementaires européens et représentants d'associations, de syndicats et de mouvements. L'objectif est de faire le point sur l'état d'avancement du projet de directive d'interdiction totale de l'amiante en Europe et de tout faire pour qu'il aboutisse. Laurie-Kazan Allen, qui publie depuis le début des années 90 la Ban Asbestos Newsletter, apporte alors une nouvelle impulsion à BAN en favorisant le rassemblement des différents réseaux déjà engagés dans la lutte contre l'amiante.

De cette rencontre va naître en 1999 IBAS (International Ban Asbestos Secretariat) C'est une instance d'information et d'appui au réseau. Celui-ci demeure ce qu'il est depuis la Déclaration de Sao Paulo : un réseau informel permettant l'échange d'information, la solidarité et le soutien aux actions de tous ceux qui luttent pour un bannissement mondial de l'amiante et pour que justice soit rendue aux victimes. Désormais Laurie Kazan-Allen sera l'infatigable animatrice d'IBAS. C'est en 1999 que l'Union Européenne décide de l'interdiction de l'amiante dans tous les Etats membres, cette interdiction devant être effective en 2005.

Toujours en 1999, BAN intervient dans la controverse devant l'OMC en envoyant une lettre à la Division du Commerce et de l'Environnement pour dénoncer le mythe de l'usage contrôlé de l'amiante et les mensonges propagés par le Canada dans son argumentaire.

Le mouvement international pour l'interdiction de l'amiante s'étend

L'année 2000 va être marquée par deux évènements : du 17 au 20 septembre se tient à Osasco au Brésil une Conférence internationale contre l'amiante. Après Milan en 1993 et Sao Paulo en 1994, cette rencontre est un nouveau temps fort de l'action de BAN. La ville d'Osasco n'a pas été choisie au hasard :elle a été pendant longtemps le centre d'une industrie brésilienne de l'amiante-ciment dominée par Eternit ( groupe suisse) et Brasilit (filiale de Saint-Gobain).

Des dizaines de délégations sont présentes, venues d'Afrique du Sud, du Pérou, d'Argentine, du Chili, du Mexique, des Etats-Unis, du Canada, de Grande-Bretagne, d'Italie, du Portugal, d'Inde, de Malaisie, du Japon, de Chine, d'Australie, etc… à l'invitation de l'ABREA (Association Brésilienne des Anciens Exposés à l'Amiante), de BAN et d'IBAS. En présence des pouvoirs publics de la ville d'Osasco, ces délégations mêlent syndicalistes, médecins, hygiénistes, militants associatifs et politiques, travailleurs sociaux, écologistes, épidémiologistes et surtout victimes et salariés exposés. Cette rencontre consacre une manière de construire une expertise collective par le partage des savoirs des uns et des autres et de repartir plus forts afin d'atteindre les objectifs fixés : dénoncer les stratégies de " double-standard " des multinationales européennes (Eternit et Saint-Gobain), faire reconnaître les droits des victimes, obtenir des pouvoirs publics qu'ils gèrent l'amiante en place sans dommage pour la santé publique et enfin progresser vers l'interdiction mondiale de l'amiante. A l'issue de cette Conférence, la municipalité d'Osasco annonce que l'amiante est désormais banni sur sa commune. Un petit pas de plus…

En septembre 2000, l'OMC rejette la plainte que le Canada avait déposé contre la France en considérant que l'interdiction était une entrave illégale à la liberté du commerce…Le Canada décide de faire appel.

Sur cette lancée l'année 2001 promet d'être animée et elle va l'être. Tour à tour l'Angleterre, la Belgique, la Hollande et l'Ecosse accueillent des rencontres permettant de renforcer la solidarité entre des participants venus de pays et de continents différents. Le 4 juin 2001 à Brighton, l' AG du syndicat anglais le plus engagé dans la lutte contre l'amiante (GMB's : General Municipal and Boilermaker's Union) est l'occasion de réaffirmer la nécessité d'une action internationale d'envergure.

Les 7 et 8 juin 2001 à Bruxelles, plus de 40 délégués venus d'une vingtaine de pays (dont beaucoup d'Europe de l'Est) se retrouvent à l'initiative d'IBAS et de l'ABEVA (Association Belge des Victimes de l'Amiante) .Ce séminaire permet aux participants de comparer et d'analyser les situations dans leurs pays respectifs et de faire pression pour que l'amiante ne disparaisse pas de l'agenda européen. Grâce aux témoignages des représentants de Lituanie, Pologne, Roumanie, Hongrie, Bulgarie et Slovaquie, l'étendue du désastre sanitaire que l'amiante a provoqué dans les pays d'Europe de l'Est devient palpable, son invisibilité étant due à la non-reconnaissance des maladies. Des nouvelles du Brésil permettent de mesurer " l'effet-domino "qui fait gagner du terrain à l'interdiction : les quatre Etats les plus industrialisés et bon nombre de villes sont gagnées mais toujours pas d'interdiction nationale en vue… Enfin l'analyse par Barry Castleman de la controverse Canada - France devant l'OMC met en évidence les pratiques anti-démocratiques tant de cette organisation que de son Organisme de Règlement des Différends (ORD) sur fond d'installation en catimini d'un véritable " gouvernement mondial " où les firmes transnationales dictent leur loi.

Deux autres réunions se tiennent également, l'une à Rotterdam en présence de députés, de juristes, de victimes et de chercheurs, l'autre à Glasgow ,véritable ville-témoin du désastre sanitaire causé par l'amiante dans une région, l'Ecosse, marquée par une longue histoire de chantiers navals et d'industrie lourde.

Mais l'Europe n'est pas la seule à bouger. Toujours en 2001 se déroule en octobre à Buenos Aires une rencontre latino-américaine sur l'amiante organisée par le Ministère argentin de la Santé avec le soutien de l'OMS, de l'ABREA et d'IBAS. Marquant la naissance d'un Forum Latino-Américain permanent ayant pour objectif l'élimination de l'amiante sur l'ensemble du Cône Sud, elle va permettre de faire le point sur une situation très variable d'un pays à l'autre. Le Chili interdit l'amiante en juillet 2001,suivi bientôt par l'Argentine, mais certains pays continuent de l'utiliser sur leur marché intérieur alors que dans le même temps ils l'ont remplacé par des produits de substitution pour l'exportation… Derrière ce constat, on retrouve comme toujours l'inacceptable logique du transfert des risques des pays dits " développés " vers ceux du " Tiers monde ". On retrouve également les habituelles pressions du Canada pour tenter d'empêcher toute décision d'interdiction, au Chili en particulier, mais ce n'est pas un scoop…

Pendant que le mouvement se renforce d'un continent à l'autre, une importante nouvelle est tombée en mars 2001 : l'organe d'appel de l'OMC confirme que la plainte du Canada contre la France n'était pas fondée. Selon le rapport, toutes les variétés d'amiante sont cancérogènes et le chrysotile ne peut être considéré comme analogue aux produit de substitution. Une belle victoire pour un mouvement social réunissant victimes, scientifiques, chercheurs, professionnels, syndicalistes et simples citoyens.

La mondialisation des luttes

L'année 2002 va s'ouvrir sur une première de taille : les 7500 mineurs sud-africains qui avaient porté plainte contre la multinationale anglaise Cape et bataillaient depuis 1997 afin que soient reconnues les conséquences dramatiques sur leur santé de l'exploitation des mines d'amiante sud-africaines, obtiennent gain de cause avec 21 millions de livres de réparation. C'est la fin du premier grand procès international de l'amiante.

Au cours des années suivantes, l'affrontement se poursuit sans répit d'un continent à l'autre entre le lobby pro-amiante emmené par le Canada bien sûr, mais aussi la Russie et la Chine, et tous ceux pour qui la santé publique passe bien avant les impératifs du commerce international.

Les Conférences se succèdent comme celle d'Ottawa du 12 au 14 septembre 2003 : " L'amiante canadien : une préoccupation mondiale ". Un véritable coup de pied dans la fourmilière, dans un pays qui figure parmi le trio de tête des producteurs mondiaux d'amiante et cela ne manque pas de faire réagir violemment le lobby contesté au cœur même de son territoire. La présentation des résultats de la première enquête épidémiologique sur les maladies liées à l'amiante (cancers et mésothéliomes), menée par Louise De Guire de l'INSP du Québec, ouvre une brèche dans le mur du silence qui empêche tout débat sur ce sujet et pour la première fois des Canadiens, y compris des syndicalistes, désavouent publiquement la position pro-chrysotile du gouvernement canadien. Quelques mois plus tard, le 5 décembre, se tiendra une réunion historique donnant le jour à la première association de victimes dans ce pays, Association des Victimes de l'amiante du Québec (AVAQ) .

Au début de l'année 2004, la situation devient très tendue au Brésil avec la violente mise en cause de notre amie, Fernanda Giannasi, inspectrice du travail dans l'Etat de Sao Paulo et bête noire des industriels. L'interdiction de l'amiante dans quatre Etats et 70 municipalités du pays est intolérable pour eux. Lettre anonyme, mise au placard, menaces… Il faudra une campagne internationale de soutien pour que l'administration brésilienne redonne à F.Giannasi une certaine liberté d'action. Et le 26 Août 2004, suite à une action en justice du Ministère Public de São Paulo (équivalent du parquet), Eternit est condamné à indemniser ses employés malades de l'amiante au Brésil. Ce jugement s'applique à tous les employés et ex-employés d'Eternit au Brésil. Plus de 2000 personnes sont concernées et le montant total des indemnisations pourrait atteindre 500 millions de reais (environ 160 millions ). Il s'agit d'une importante victoire pour les victimes de l'amiante au Brésil. Il faut, toutefois, noter que cette décision ne s'applique pas aux victimes d'autres compagnies, comme par exemple Brasilit (Saint-Gobain), même si on peut espérer que ce jugement fasse jurisprudence.

Le mois de mai 2004 voit se dérouler une première réunion internationale sur l'amiante en Pologne et une rencontre en Hollande organisée par l'Association hollandaise des victimes de l'amiante (Dutch Society for Asbestos Victims). Les questions de prévention et d'indemnisation sont au centre des débats. A l'automne c'est au Parlement européen que sont abordées les questions liées à l'interdiction programmée pour le premier janvier 2005 en Europe :que va-t-il se passer avec les nouveaux pays intégrant l'Union Européenne ? Où en est la prévention ?

A propos de prévention, une autre bataille se déroule sur le terrain de la Convention de Rotterdam qui oblige les producteurs de produits toxiques figurant sur une liste baptisée PIC (Prior Informed Consent) et périodiquement révisée à informer les Etats sur la dangerosité de ces produits, et ce avant toute mise sur le marché. En septembre 2004, l'inscription du chrysotile sur cette liste est à l'ordre du jour. Canada, Russie et Chine vont réussir à s'y opposer, une position dénoncée par l'association des victimes du Québec lors d'une conférence de presse.

Pour une interdiction mondiale de l'amiante

Enfin en novembre 2004 le Congrès international de Ban Asbestos (Global Asbestos Congress) se tient au Japon, événement particulièrement important sur un continent où le lobby est à l'offensive partout pour pérenniser l'usage de l'amiante(cf le congrès qu'il a organisé en Inde en novembre 2003).Il réunit des associations de 40 pays différents et près de 800 participants pour un bannissement mondial de l'amiante et pour que justice soit rendue aux victimes. Il est aussi l'occasion d'attirer l'attention sur l'intense propagande pro-amiante orchestrée par le Canada aussi bien en Afrique qu'en Asie et en Amérique latine pour faire prospérer le marché de l'amiante-ciment. Il permet enfin de pointer le développement d'un autre marché, celui du démantèlement des navires par des chantiers navals asiatiques où les travailleurs enlèvent l'amiante sans aucune protection. Les pays de l'Union européenne se permettent ainsi de dégager leur responsabilité en contrevenant aux règlements internationaux, notamment la Convention de Bâle, qui interdisent l'exportation de déchets toxiques. L'affaire du Clemenceau en fournira l'exemple parfait.

Mais la lutte ne se déroule pas que dans les salles de conférence ou par voie de presse. Ainsi en Egypte une lutte oppose fin 2004 les ex-ouvriers de l'usine de canalisations en fibrociment Ura-Misr au propriétaire et aux directeurs successifs : surexploitation des ouvriers, absence de protection pour le déchargement quotidien de 36 tonnes d'amiante et pour le travail au mélangeur, absence d'information, dissimulation des radios et examens de santé… Maladies et décès ne tardent pas à frapper avant que n'interviennent des licenciements abusifs, tandis que des salaires restent impayés depuis septembre 2004. Les ouvriers se battent pour la reconnaissance de leurs maladies professionnelles et l'obtention d'indemnisations. BAN se joindra à la campagne de soutien organisée par Réseau-Solidarité de la fédération Peuples Solidaires.

Le premier janvier 2005 l'interdiction de l'amiante devient effective dans tous les Etats membres de l'Union Européenne. C'est cette même année qu'éclate l'affaire de la " coque Q 790 " c'est à dire de l'ex porte-avions Clemenceau. Une longue bataille navale s'engage qui va mobiliser l'énergie de tout le réseau au plan international, l'enjeu n'étant rien d'autre que la fin de la Convention de Bâle. Elle trouvera son épilogue en 2006 et cette victoire mémorable sera riche d'enseignements.

Les 22 et 23 septembre 2005 se tient une réunion au Parlement européen à Bruxelles à l'initiative d'IBAS et de parlementaires européens. Le démantèlement des navires en fin de vie est à l'ordre du jour. Contact est pris avec l'association Justice environnementale basée à Genève ainsi qu'avec une association d'avocats bengalis qui mènent un gros travail au Bangla Desh.

L'intervention du Commissaire européen à l'Environnement, Stavros Dimas, conforte notre analyse de la situation du Clemenceau : la coque Q 790 est bien un déchet, qu'il s'agisse d'un matériel militaire n'y change rien, la France est tenue de respecter la Convention de Bâle et la Directive européenne sur le transport des déchets. Restera par la suite à explorer la possibilité de déposer plainte contre les armateurs qui continuent à agir en toute illégalité.

En cette année 2005 les choses bougent aussi en Suisse à l'initiative du CAOVA (Comité d'Aide et d'Orientation des Victimes de l'Amiante).L'interdiction dans ce pays a eu pour effet de faire retomber le silence sur la situation des victimes et sur la gestion de l'amiante en place. Le CAOVA tente d'organiser des plaintes collectives intégrant les immigrés en particulier italiens qui ont travaillé dans les usines suisses du groupe Eternit, mais aussi ceux qui ont travaillé dans les établissements italiens. L'enquête ouverte par le procureur de Turin avance et devrait déboucher sur un procès mettant enfin en cause Stephan Schmidheiny, magnat de l'amiante qui s'est refait un lifting médiatique en investissant le marché du " développement durable "…

En 2006 c'est bien sûr la date du 15 février qu'il faut retenir. En France, ce jour-là, le Conseil d'Etat suspend la décision d'autoriser l'envoi de la coque de l'ex Clemenceau vers la baie d'Alang en Inde. Victoire considérable due à un certain nombre de facteurs : le travail fait bien en amont par Jim Puckett du Basel Action Network et Martin Besieux de Greenpeace international lors de la rédaction de la convention de Bâle ; celui effectué par Greenpeace, la FIDH et une association du Bengladesh, Young power in social Action (YPSA), sur les conditions de travail des ouvriers du démantèlement des navires en Asie ; les liens établis avec les " activistes " indiens notamment lors du Global Asbestos Congress de Tokyo à l'automne 2004 ; le soutien de l'ARDEVA Sud-Est, de la CGT de Toulon et des contacts de Brest ; le travail remarquable du cabinet d'avocats Teissonnière - Topaloff - Lafforgue en collaboration avec Ban Asbestos-France ; la mobilisation de nombreux journalistes ; la réactivité totale de tous les acteurs de ce dossier mené au jour le jour ; la synergie des compétences et des mobilisations, en France comme en Inde ; enfin les bourdes de l'Etat français…

Conséquence de tout cela : la question de l'amiante est reposée de manière spectaculaire en Inde, pièce maîtresse dans la stratégie du lobby international et le mouvement mondial pour l'interdiction de l'amiante repart de plus belle.

Rien n'est gagné cependant. En septembre 2006, une nouvelle réunion pour la mise à jour de la liste PIC dans le cadre de la Convention de Rotterdam ne permet pas de faire sauter le verrou canadien, russe et chinois qui bloque l'inscription du chrysotile sur cette liste. Rendez-vous pour la prochaine mise à jour… En Asie, le débat continue à faire rage, les conférences organisées étant l'occasion de faire connaître notre point de vue, comme à celle qui se tient à Bangkok en Thaïlande en juillet 2006 et à laquelle participe Laurie Kazan Allen pour IBAS.

Le combat continue ….

La bataille pour l'interdiction mondiale de l'amiante lancée au Séminaire de São Paulo en 1994 est loin d'être terminée. Dans un premier temps, l'industrie a tenté d'empêcher l'interdiction en France. Elle a perdu. Puis elle a essayé de contenir cette interdiction au seul territoire français. Sans succès. Elle mène maintenant des batailles à retardement pour conserver notamment les marchés d'Afrique, d'Asie et d'Amérique Latine. Ces pressions prennent différentes formes mais s'inscrivent toutes dans une stratégie de double-standard, dont l'affaire du Clemenceau est la dernière illustration.

Le Canada reste en pointe, avec son Institut du Chrysotile, pour défendre ce qu'il considère comme une industrie d'intérêt stratégique national, ce qui donne lieu à des manifestations de " patriotisme économique " où tous ceux qui dénoncent les dangers de l'amiante sont présentés comme des agents manipulés par des industries concurrentes (fabriquant des produits de substitution), " étrangères " de surcroît, visant à faire du tort à " l'intérêt national ". Le son de cloche est le même au Brésil où, par ailleurs, on assiste au développement d'une stratégie des multinationales consistant à se retirer - partiellement ! - en laissant aux opérateurs nationaux la gestion des sites pollués et la confrontation avec le problème des indemnisations à verser aux victimes.

Face à ces manœuvres destinées à retarder de quelques décennies supplémentaires une interdiction mondiale de l'amiante, un mouvement social sans précédent prend de l'ampleur. Il y a urgence : l'Organisation Mondiale du Travail (OIT) estime que le nombre de morts au travail causées par l'amiante s'élève à plus de 100 000 morts par an et le Docteur Jukka Takala de l'OIT affirme que cette évaluation pourrait être sous-estimée de 40%…. En 2006, lors de la 95e Assemblée générale, pour la première fois, l'OIT s'est prononcée pour la fin de l'usage de toutes les variétés d'amiante.

 

Patrick Herman, juin 2007