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 L'interdiction de l'amiante : une bataille planétaire

procès de Turin

Avril

 

Disponible en langue turque, un document de Asli Odman, inspectrice du travail : Les mouvements de base en lutte avec l'industrie de l'amiante et ses résultats dans le monde

Des mois après que l'ancienne ville minière d'Asbestos a changé son nom en Val-des-Sources après un référendum municipal, il a été annoncé que la rue appelée rue de l'Amiante changerait également son nom en rue des Bâtisseurs. Le changement de nom de la ville du Québec et de la rue symbolise la volonté municipale d'embrasser un avenir plus sûr et de s'éloigner d'un passé toxique en tant que producteur d'un minéral cancérigène qui a causé la mort et la destruction partout sur la planète. Voir : La rue de l’Amiante change également de nom

Le Président de l’Association turque des professionnels du désamiantage, Mehmet Seyhmus Ansari, a fait part de ses préoccupations concernant les retombées sur la santé professionnelle et la santé publique du démantèlement d’un navire de guerre brésilien contaminé par l’amiante destiné à être mis au rebut au chantier naval d’Aliaga. Les questions posées comprenaient: la santé au travail sera-t-elle protégée en vertu du règlement sur les mesures de santé et de sécurité lors du travail avec l'amiante; combien de navires contenant de l'amiante ont été démantelés à Aliaga au cours des 5 dernières années; combien de tonnes d'amiante ont été éliminées? Voir (en turc) : Un navire de guerre brésilien contenant de l'amiante sera démantelé en Turquie

Un article paru dans le journal Morning Star parlait d’une conférence organisée par des groupes de victimes de l’amiante pour sensibiliser le public au danger permanent posé par la présence continue de produits contenant de l’amiante dans l’ensemble de l’infrastructure du pays. Des groupes de campagne du Yorkshire et des Midlands organisent cet événement pour que les collègues syndicaux envisagent les mesures qui pourraient être prises pour prévenir les expositions toxiques, éradiquer le cancer de l'amiante et dénoncer les incohérences dans les programmes et les actions du gouvernement. Les parties intéressées ont été invitées à déclarer leur intérêt à participer à la conférence du 16 avril 2021 via un portail en ligne. Voir (en anglais) : Amiante: campagne contre toutes les peurs

Depuis 2013, la ville d'Uijeongbu, dans la province de Gyeonggi, a continué à faire progresser les efforts visant à protéger les droits environnementaux des citoyens coréens en adoptant des pratiques de gestion et de démolition de pointe pour minimiser les expositions à l'amiante. Grâce à des efforts soutenus et proactifs pour identifier les victimes de l'amiante, de nombreuses personnes blessées ont reçu des prestations de secours et des soins pour leurs blessures. L'année dernière (2020), les maladies liées à l'amiante de 13 personnes ont été reconnues, à la suite de quoi 175 millions de wons (155 000 USD) ont été indemnisés. Voir (en coréen) : La ville d'Uijeongbu crée un cadre de vie agréable grâce à une gestion sûre de l'amiante

La semaine dernière, des projets de propositions ont été présentés au Congrès des députés espagnol appelant à une loi complète sur l’amiante pour coordonner les actions visant à éradiquer le risque lié à l’amiante d’ici à 2030 - conformément aux lignes directrices de l’UE. Le programme à multiples facettes comprendrait l’enlèvement de l’amiante dans les infrastructures du pays ainsi que la remise en état des sols contaminés et des sites de déchets. Soutenant cette initiative parlementaire, la députée Inés Sabanés a déclaré: « Il est particulièrement important de prêter attention aux bâtiments publics tels que les écoles, les hôpitaux, mais aussi aux habitations. Cela nécessite non seulement une stratégie de l’État, mais des plans régionaux et municipaux capables d’articuler ces mesures. » Voir (en espagnol) : Une loi complète sur l'amiante

 Mars

Le 2 mars, l'Association brésilienne des personnes exposées à l'amiante (ABREA) a dénoncé l'expédition illégale de cargaison d'amiante de la mine d'amiante SAMA à Minaçu au port de São Paulo de Santos, affirmant que, conformément à une loi d'État de 2007 et à une décision de la Cour suprême de 2017 la production, le transport et l'exportation d'amiante avaient été interdits. Mardi, 10 camions transportant 340 tonnes d'amiante ont quitté la mine. L'ABREA a alerté la Surintendance de la Garde du Port de Santos, le Centre de Surveillance Sanitaire de São Paulo, le Ministère Public du Travail et la Police Routière de l'Etat de São Paulo de ces activités. Voir (en portugais) : L'ABREA dénonce : la Sama contrevient à nouveau au STF, tente d'exporter 340 tonnes d'amiante

Le 15 mars 2021, la circulaire vietnamienne 09/2020 / TT-BLDTBXH mettant à jour le Code du travail sur les jeunes travailleurs entrera en vigueur. Les nouvelles directives - qui sont conçues pour protéger les personnes de moins de 18 ans contre des expositions préjudiciables qui pourraient affecter leur développement physique, mental et de personnalité - interdisent aux mineurs de travailler dans des lieux de travail dangereux, y compris ceux où l'amiante est manipulé ou traité. Voir (en vietnamien) : 6 lieux de travail préjudiciables au développement des personnes de moins de 18 ans

L'après-midi du 2 mars 2021, s'est tenu un débat d'une heure à la Chambre des Communes sur le règlement 2021 sur les paiements forfaitaires pour le mésothéliome (conditions et montants / modification). La motion d'approbation du règlement a été approuvée après un débat informatif par des députés qui ont soulevé des questions pertinentes. Parmi les parlementaires présents, des députés: Vicky Foxcroft, Chris Stephens, Stephen Timms, Martin Docherty-Hughes, Wendy Chamberlain, Beth Winter, Kim Johnson, Christine Jardine et Jim Shannon. Au cours du débat, un hommage a été rendu aux groupes de soutien aux victimes de l'amiante en Écosse et en Angleterre, notamment Clydeside Action on Asbestos, Clydebank Asbestos Group et le Merseyside Asbestos Victims Support Group. Voir (en anglais) : Hansard. Débat parlementaire. 2 mars 2021.

Les résultats financiers publiés le 2 mars 2021 par l’ancien géant brésilien de l’amiante Eternit S.A. ont continué de montrer un bénéfice sain et une confiance élevée des actionnaires depuis que la société est passée à une technologie sans amiante. En 2020, les actions de la société ont augmenté de 200%, ce qui en fait l’action la plus performante de BOVESPA, la bourse brésilienne. Réfléchissant aux bonnes nouvelles d’Eternit, le président Luis Augusto Barbosa a expliqué: « Une combinaison de facteurs très positifs nous a favorisés. Le processus de restructuration de l'entreprise, avec le remplacement de l'amiante depuis 2017, porte ses fruits. » Voir (en portugais) : Sans amiante et avec des carreaux solaires, la confiance des investisseurs dans Eternit reprend

Les autorités de la région des Marches, sur la côte est de l'Italie, ont alloué 650 000 pour retirer l'amiante de sections spécifiques d'hôpitaux désignés dans les villes de Petritoli, Montegranaro et Montegiorgio. Ce travail fait partie d'un programme coordonné pour 21 hôpitaux et établissements de santé de la région. Le commissaire Baldelli a expliqué que: « le financement de ces interventions dans la zone a été soumis à des priorités et des critères spécifiques qui ont pris en compte les structures sanitaires et hospitalières qui envisagent l'utilisation de ces structures tout au long de la journée. » Voir (en italien) : Amiante dans les hôpitaux: prévoyez de l'enlever

Février 

 

À Montréal, une locataire poursuivie pour dénonciation de démolition d'amiante dans une résidence de personnes âgées

En janvier, la cour d'appel de Milan a acquitté les dirigeants de la société d'ingénierie Breda-Ansaldo des accusations liées à des expositions sur le lieu de travail qui ont entraîné la mort due à une exposition à l'amiante de 12 employés ayant travaillé pour l'entreprise entre les années 1970 et le milieu des années 1980. Réaffirmant sa détermination à faire appel de la dernière décision, le Comité pour la défense de la santé sur le lieu de travail - qui avait soutenu les plaignants - a déclaré que le tribunal de Milan avait un bilan épouvantable dans le jugement des affaires d'amiante, ayant acquitté les gestionnaires de la centrale thermoélectrique d'Enel (2015 ), Des usines Pirelli à Milan (2017) et des usines Fiat Alfa Romeo à Arese, Milan (2019). Voir (en italien) : Les décès dus à l'amiante au travail demeurent sans justice

Au 8 février 2021, 705 demandes d'enlèvement de toiture en amiante avaient été approuvées dans le cadre d'un programme parrainé par Suncheon City, dans la province sud-coréenne de Jeolla du Sud. Des travaux subventionnés seront effectués sur des centaines de propriétés pour un coût total pour le budget municipal de 2,3 milliards de wons (2 millions de dollars américains) afin de protéger les citoyens des expositions toxiques aux toitures en amiante. Le programme de désamiantage 2021 - qui est 43% plus important que celui de 2020 - facilitera la remise en état de 435 maisons, 235 propriétés non domestiques telles que des entrepôts et des bâtiments agricoles, et 35 propriétés abritant des personnes vulnérables. Voir (en coréen) : Suncheon City accélère la démolition de toitures amiantées, un cancérigène de première classe

Un article sur un portail d'actualités de l'île de Wight a examiné si la poudre de talc et les produits contenant du talc, tels que les cosmétiques, étaient sans danger. Après avoir discuté des propriétés, des constituants et des applications de la poudre de talc, le texte a examiné les conclusions des agences gouvernementales et des laboratoires liant l'utilisation de la poudre de talc à diverses formes de cancer. L'auteur a conclu que: « La poudre de talc est utilisée depuis des générations pour sa capacité à absorber l'humidité. Cependant, la poudre de talc contaminée par l'amiante peut entraîner le cancer chez l'homme. Les consommateurs doivent être prudents lorsqu'ils achètent et [sic] des produits cosmétiques ». Voir (en anglais) : La poudre de talc peut-elle vraiment causer le cancer ?

L'héritage d'écoles dangereuses de Philadelphie a conduit à remettre hautement en question l'intégrité des assurances émises par le Philadelphia School District selon lesquelles il est sûr de rouvrir les écoles pour l'enseignement en présentiel malgré la pandémie de coronavirus. « Les chefs de district nous demandent » ont écrit Adam Sanchez, un professeur d'histoire afro-américaine de Philadelphie, et Nina Willbach, professeur de Philadelphie, « de leur faire confiance pour assurer la sécurité des enseignants, des élèves et de nos familles. Mais ces mêmes dirigeants nous ont gardés dans des écoles empoisonnées pendant des décennies, dans des constructions dangereuses contenant du plomb, des moisissure et de l'amiante. Le district doit instaurer la confiance en s'engageant dans un processus démocratique pour garantir aux enseignants et à notre syndicat que nos bâtiments sont suffisamment sûrs pour rouvrir ». Voir (en anglais) : Les dirigeants de Philly ont menti pendant des décennies sur la sécurité à l'école. Pourquoi les enseignants devraient-ils leur faire confiance pendant une pandémie?

Un infopublicité sur un site Web en langue russe a vanté les vertus de l'amiante en disant: « L'amiante ne brûle pas, ne fond pas, n'émet pas de vapeurs nocives, résiste aux dommages mécaniques et est plus durable que de nombreuses nuances d'acier », mais a négligé de mentionner que l'exposition à l'amiante peut provoquer une variété de cancers mortels et de maladies débilitantes. Le texte soulignait cependant que: « La Russie est le leader mondial de l'extraction et de la production de matériaux à base d'amiante chrysotile, fournissant à près de la moitié du monde des produits fiables et durables ». Voir (en russe) : Légendes de l'amiante: comment un minéral voyage à travers l'histoire

Janvier 

Des groupes européens représentant les victimes de l'amiante et des associations militantes ont exprimé leurs inquiétudes concernant la vente aux enchères du 29 janvier 2021 de l'ancien navire portugais MV Funchal qui est vendu deux ans après son achat par la société britannique Signature Living, désormais sous administration. Des rumeurs circulent selon lesquelles le navire - qui est resté amarré à Lisbonne depuis son achat - sera mis au rebut. Selon un militant qui a suivi de près la situation, il y a « environ 100 tonnes d'amiante à l'état friable, à savoir composé des types de fibres chrysotile, amosite et trémolite » à bord, qui ont été identifiées par un audit de substances dangereuses - Voir (en anglais) : Alerte : Vente aux enchères du MV Funchal, navire portugais emblématique

La documentation «fictive» - la propriété clandestine par des sociétés offshore et les violations des conventions internationales et des réglementations nationales continuent de mettre en danger les travailleurs et les communautés de démantèlement de navires bangladais. L'exploitation commerciale des failles réglementaires, combinée à d'importantes incitations financières, est une combinaison toxique qui incite les clients internationaux à mettre au rebut le tonnage excédentaire dans les chantiers d'échouage au Bangladesh, le premier pays de recyclage de navires au monde. Avec des fonctionnaires mal informés, un manque de capacité de test et l'absence de réglementation en matière de santé et de sécurité des armateurs du secteur informel ainsi que des entreprises de démolition de navires restent à l'abri de poursuites pour blessures ou contaminations causées par leurs pratiques commerciales -Voir (en anglais) : "L'industrie de la démolition des navires du Bangladesh exposée" par Laurie Kazan-Allen

Un article mis en ligne le 16 janvier 2021 par la société nationale de télévision et de radio de Nizhny Novgorod, une ville du centre de la Russie, a envoyé des messages contradictoires concernant le danger pour la santé posé par les expositions à l'amiante. D'une part, le message a confirmé que l'amiante était « un cancérigène qui a causé le cancer du poumon chez des centaines de milliers de personnes. Il a été largement utilisé jusqu'à la seconde moitié du siècle dernier et a porté atteinte à la santé des constructeurs… ». Cependant, d'un autre côté, le texte alléguait que « pour les résidents de maisons construites avec de l'amiante, cela ne représentait pas un tel danger »... - Voir (en russe) : Le docteur Myasnikov a nommé la principale cause de cancer

 

Un rap de cinq minutes, mettant en vedette Stefania Crivellari, de l'artiste sicilien Picciotto a été mis en ligne sur YouTube le 9 janvier 2021. Cette pièce est un remix d'une œuvre de 2016 qui était, selon Picciotto, nécessaire car la « remise en état du territoire n'a pas été achevé et aucun progrès n'a été réalisé en ce qui concerne les traitements pour ceux qui tombent malades » (voir: Contexte du téléchargement de 2021, en anglais). Les fonds recueillis seront reversés à un organisme de bienfaisance de recherche sur les cancers liés à l'amiante. Le récit de la vidéo accompagnant la chanson comprenait des articles de journaux, des radiographies, des images du personnel médical, des extraits du "Fuck Cancer Choir", des signes avant-coureurs de maladies liées à l'amiante et d'autres images mettant en évidence l'épidémie de cancers de l'amiante en Italie. Voir la vidéo (en italien) : Ancora Sotto Casa Mia Feat. Picciotto

 

LeLe 17 décembre 2020, par une décision unanime, la Cour d'appel de la Colombie-Britannique (C.-B.), composée de trois membres, a confirmé une décision interdisant à Mike Singh et Seattle Environmental Consulting de travailler dans l'industrie du désamiantage. Singh avait enfreint les lois sur la sécurité au travail plus de 20 fois dans 11 lieux de travail différents - y compris des maisons à Vancouver, Burnaby, Richmond et West Vancouver - entre 2013 et 2017 et, par conséquent, avait été banni de l'industrie du désamiantage en 2019 par la Colombie-Britannique par la juge de la Cour suprême Francesca Marzari. Voir (en anglais) : La Cour d'appel confirme la décision interdisant à un homme de Vancouver d'accéder à l'industrie du désamiantage

Un article sur un site internet en langue russe pour la région d'Omsk a reconnu le lien entre l'exposition à l'amiante - une ressource exploitée en Russie - et le cancer du poumon, déclarant: « Les pneumologues estiment que dans environ 20 ans, un cancer du poumon sur trois sera causé par une exposition à la poussière d'amiante… ». Le texte de cet article soulignait que les toitures en amiante « émettent constamment de la poussière » et que les fibres telles que celles libérées par les toitures en amiante altérées sont « responsables des cancers du poumon et de la plèvre… ». Voir (en russe) : Cancer du poumon - quelles autres causes que le tabagisme?

Dans ce qui semble être une déclaration plutôt bizarre, le 30 décembre 2020, les autorités chinoises ont récompensé la mine d'amiante chrysotile (blanc) de Mangya comme premier projet national du patrimoine industriel dans la province de Qinghai, dans le nord-ouest de la Chine. La mine, qui a été fondée dans les années 50, est exploitée par la plus grande entreprise d’extraction et de traitement d’amiante du pays et fournit 40% du marché intérieur. Dans l'article sur ce prix, il n'y a aucune mention du danger professionnel ou environnemental posé par l'exploitation commerciale de l'amiante Voir (en chinois) : La mine d'amiante de Qinghai Mangya est devenue le premier projet national du patrimoine industriel au Qinghai

Deux podcasts d'une durée totale de 90 minutes ont examiné la question de savoir s'il y avait ou non dissimulation aux États-Unis des risques posés par les expositions professionnelles et environnementales à l'amiante. Le contenu des émissions retrace l'histoire de l'utilisation de l'amiante et l'évolution des connaissances médicales et scientifiques concernant ses dangers du XIXe siècle à nos jours. Les présentateurs ont conclu qu'il y avait des preuves suffisantes pour établir que les parties prenantes du gouvernement avaient soutenu les intérêts acquis pour donner la priorité aux besoins de l'industrie de l'amiante par rapport au bien-être des citoyens américains dans un complot qui a condamné de nombreuses personnes touchées à une maladie invalidante et à une mort prématurée. Voir (en anglais) : The Asbestos Cover-Up Pt 1 et The Asbestos Cover-Up Pt 2

Un briefing intéressant sur les utilisations et les abus de l'amiante - par un expert scientifique - a mis en évidence les risques d'exposition à l'amiante encore posés aux Brésiliens malgré une décision de la Cour suprême en 2017 qui a interdit l'exploitation commerciale de l'amiante. Les produits contenant de l'amiante sont utilisés depuis des décennies dans tout le pays et de nombreux produits toxiques restent cachés dans l'infrastructure nationale. L’auteur de ce texte, le professeur Victor Ricardo Ferreira, a cité la politique de l’Organisation mondiale de la santé selon laquelle « il n’existe pas de méthodes sûres pour manipuler ce produit et que ses risques l'emportent sur les avantages possibles. » Voir (en portugais) : Amiante

Malgré le fait que l'interdiction de l'amiante en Colombie soit entrée en vigueur le 1er janvier 2021, les critiques soulignent qu'il n'y a pas encore eu de progrès dans l'adoption d'un protocole pour le remplacement des produits contenant de l'amiante dans le pays. Dans la loi d'interdiction de l'amiante, loi Ana Cecilia Niño, un délai de cinq ans a été spécifié pour la formulation d'une politique publique visant à éradiquer le risque lié à l'amiante en Colombie. Selon le politicien Mauricio Toro, le Gouvernement a jusqu'ici convoqué deux réunions auxquelles ni des universitaires ni des représentants de la société civile n'ont été conviés. Voir (en espagnol) : L'interdiction de l'amiante est entrée en vigueur, mais il n'y a pas de protocole de substitution

 

Cette semaine - les 11, 12 et 13 janvier - la juge d'instruction de Madrid, María Isabel Garaizaba, recueillera des déclarations dans une affaire pénale contre sept accusés responsables de la santé et de la prévention des risques professionnels employés par le métro de Madrid. Les accusations d'homicide volontaire auxquelles ils font face sont liées aux décès dus à l'amiante de deux anciens travailleurs. Le début des procédures préliminaires a été retardé à plusieurs reprises par la pandémie. Voir (en espagnol) : Les déclarations de l'affaire de l'amiante reprennent ce lundi avec les apparitions des personnes mises en examen

Les militants de l'interdiction de l'amiante en Colombie ont lancé l'alerte en apprenant que le traitement commercial des déchets miniers de la mine d'amiante de Las Brisas - qui a été fermée en 2019 lorsque la Colombie a interdit l'amiante - a commencé avec le soutien du gouvernement national. L'usine de Campamento récupère maintenant les matériaux du laitier pour être utilisés dans la production de silicate de magnésium, d'engrais, de talc et de matériaux de construction. Les politiciens locaux, qui ont soutenu la mine d'amiante, ont accueilli favorablement les nouveaux emplois que ce développement offrirait. Voir (en espagnol) : La mine Campamento passe de la production d'amiante aux engrais et matériaux de construction

Le 23 décembre 2020, le ministre japonais de la Santé, du Travail et du Bien-être social, Norihisa Tamura, a rencontré les plaignants dans le cadre d'un recours collectif historique devant la Cour suprême organisé par des travailleurs de la construction victimes de l'amiante pour leur présenter des excuses au nom du gouvernement japonais. Le ministre a déclaré: « Nous prenons le jugement au sérieux et prendrons les mesures appropriées ». Il a promis de créer un forum pour examiner la meilleure manière de soutenir les victimes qui avaient été contaminées à la suite des échecs du Gouvernement ; les travailleurs victimes avaient appelé à la création d'un fonds national afin que les victimes n'aient pas à endurer de longues batailles juridiques pour obtenir une indemnisation. Voir (en japonais) : Procès de l'amiante, excuses aux plaignants par le ministre de la Santé, du Travail et du Bien-être social

L'opposition et l'indignation ont salué les projets du gouvernement régional de Macédoine occidentale de créer une décharge pour l'élimination des déchets toxiques dans l'ancienne région minière d'amiante de Kozani, dans le nord de la Grèce. Le site recevrait des déchets d'amiante de toute la Grèce et peut-être même de l'étranger, selon les informations actuellement examinées par le gouverneur régional. Les populations locales sont irritées par ces projets : « Nous nous opposons sans réserve à toute idée de créer cette décharge dangereuse dans la zone. » Voir (en grec) : "Aucune décharge d'amiante dans l'ancien MAVE"

Des débris contenant de l'amiante ont été découverts dans des ordures déversées illégalement dans une zone forestière du district de Gaziemir à Izmir, une ville à l'ouest de la péninsule turque d'Anatolie. Les populations locales sont irritées par le danger pour la santé posé par la contamination de l'environnement et ont exhorté les autorités locales à prendre des mesures non seulement pour assainir la zone, mais aussi pour empêcher de nouveaux déversements. Voir (en anglais) : Danger de l'amiante dans la zone forestière avec le déversement illégal de déchets

Une décision du tribunal de 36 pages rendue le 22 décembre 2020 par le juge Edward Chen du district nord de la Californie a ordonné à l'Environmental Protection Agency (EPA) de mettre à niveau le signalement de l'amiante en mettant en œuvre des mesures pour collecter des données sur l'importation et l'utilisation d'amiante et de produits contenant de l'amiante aux États-Unis. Dans une déclaration saluant ce verdict, le procureur général du Massachusetts Maura Healey a déclaré: " Le fait que l'administration Trump n'utilise pas son autorité pour nous protéger tous contre les expositions dangereuses à l'amiante est aussi inacceptable qu'inexplicable." Voir (en anglais) : L'EPA a ordonné de combler les lacunes dans les rapports sur l'amiante

En décembre 2020, un éditorial est paru sur le site Web de l'Association internationale du chrysotile (ICA) - un groupe de lobbying dédié à la promotion des ventes mondiales d'amiante chrysotile - condamnant les efforts des groupes européens de victimes de l'amiante qui, selon l'ICA, avaient des « motivations douteuses » et a opté pour « la calomnie et l'appel à la disparition même de l'ICA ». La réplique agressive de l'ICA est venue en réponse à des lettres adressées à son président Emiliano Alonso, un citoyen espagnol, qui dirige un organisme commercialisant une substance interdite dans son pays d'origine auprès des pays en voie d'industrialisation. Voir (en anglais) : Emiliano Alonso, président de l'organisation internationale du lobby de l'amiante, attaque des groupes européens de victimes de l'amiante


L'INTERDICTION DE L'AMIANTE : UNE BATAILLE PLANÉTAIRE

Si quelques voix s'élèvent à la fin des années 80 et au début des années 90 pour réclamer l'interdiction de l'amiante dans le monde, comme celle de la FITBB ( Fédération Internationale des Travailleurs du Bâtiment et du Bois) avec son Manifeste de Berne du 17 décembre 1991, le véritable coup d'envoi d'une bataille qui allait bientôt se dérouler sur tous les continents est donné les 17 et 18 avril 1993 en Italie à Milan lors de la rencontre internationale " Bastamianto " organisée sous le patronage de la région Lombardie. Scientifiques, chercheurs, spécialistes du monde médical, parlementaires, syndicalistes et représentants du monde associatif, réunis à cette occasion, lancent un appel pour que l'interdiction de l'amiante devienne enfin effective et totale. Ils précisent : "Cette loi d'interdiction ne règlera pas tout. L'assainissement des lieux contaminés, la surveillance épidémiologique des populations exposées, l'indemnisation des victimes seront à l'ordre du jour pour longtemps encore".

Naissance du réseau Ban Asbestos

C'est l'année suivante lors du Séminaire international " Amiante : bannissement ou usage contrôlé ? " tenu les 28, 29 et 30 mars 1994 à São Paulo au Brésil que sera tirée, au terme de trois jours de rencontres et de débats, la conclusion qui s'impose : il est temps de construire un réseau planétaire rassemblant tous ceux, organisés ou pas dans des syndicats, associations ou mouvements, qui ont décidé de mettre fin au premier crime de masse de l'ère industrielle. Ce sera l'acte de naissance du Ban Asbestos Network (BAN : réseau mondial pour l'interdiction de l'amiante).

Mais cette rencontre internationale au Brésil nous donne aussi l'occasion d'identifier sur le terrain ceux qui se rangent dans le camp des promoteurs de l'usage mortel de l'amiante. Pour que ce séminaire se déroule normalement, il a fallu en effet que le Ministère brésilien du Travail résiste aux pressions et autres tentatives d'intimidation de ceux qui entendaient bien voir se poursuivre partout dans le monde le business du " magic mineral " : pressions des exploitants de mines d'amiante représentés par la S.A. Mineraçao de Amianto (SAMA), du Comité Permanent Amiante français et surtout de l'Ambassade du Canada, affirmant ainsi clairement le rôle prépondérant joué par ce pays dans la défense, sur tous les continents, de l'utilisation de la fibre tueuse.

Le lobby canadien, qui - dans une union sacrée pour défendre son industrie minière et ses exportations porteuses de mort - rassemble, au nom du patriotisme économique, industriels, gouvernements fédéral et québécois, ainsi que certains syndicats, n'apprécie guère les empêcheurs de faire du business en rond. Il ne va pas tarder à se manifester de nouveau.

Le réseau Ban Asbestos prend pied ici et là, d'un continent à l'autre, et commence à rassembler les énergies. Les partenaires s'appellent :

Swedish Metalworkers'Union (Suède), Japan Citizens' Network for Wiping out of Asbestos (Japon), Medicina Democratica (Italie), Associazione degli Esposti all' Amianto (Italie), Bureau technique syndical européen pour la santé et la sécurité (Bruxelles), The Society for the Prevention of Asbestosis and Industrial Diseases (G.B), Hull Asbestos Action Group (G.B),Clydeside Action on Asbestos (G.B), White Lung Association (USA), Asbestos Victims Special Fund Trust (USA), Bond Beter Leefmilieu (Belgique), Alianza frente al Asbesto (Pérou)

Difficilement supportable pour le lobby et pour son centre nerveux canadien, l'Institut de l'Amiante, qui publie dès 1994 un document intitulé : "Ban Asbestos : une supercherie de fanatiques". De ce texte on citera simplement cette phrase : "La poursuite aveugle des buts exposés dans le manifeste du mouvement Ban Asbestos risque d'imposer des coûts énormes à la société et exposerait inutilement le public et les travailleurs à un risque plus élevé". Et l'on se posera simplement la question : existe-t-il un " risque plus élevé " que les millions de morts causés par l'amiante de par le monde, dont l'Institut de l'Amiante semble ne jamais avoir entendu parler ?

L'action de BAN en France et en Europe : un mouvement s'organise

Ces années-là, la bataille fait rage en France, pays qui occupe une place centrale dans la stratégie mise en œuvre par le lobby de l'amiante. Ce dernier ne se vante-t-il pas d'avoir torpillé toute évolution de la législation européenne vers une interdiction du matériau par l'intermédiaire du tristement célèbre Comité Permanent Amiante (CPA), fleuron de la désinformation à la française ? Saint-Gobain, qui contrôle une partie de l'extraction minière de l'amiante au Brésil, n'est-elle pas une des fiertés du capitalisme à la française ?

Le 25 août 1994 Ban Asbestos publie un communiqué de presse en réaction à la mort d'un sixième enseignant du Lycée professionnel de Gérardmer dans les Vosges, dont la cause semble imputable à la présence d'amiante dans les plafonds de l'établissement.

Extrait : " Bien que les différents Ministères concernés, et en particulier celui de l'Education nationale, aient été alertés dès début 1992, ainsi que le Conseil supérieur d'Hygiène publique de France, un recensement exhaustif des bâtiments floqués n'a toujours pas été mené à bien sur l'ensemble du territoire. Aucun plan de prévention impliquant une évaluation correcte des risques n'a été mis en œuvre. Le prétexte invoqué est toujours le même : il ne faut pas affoler "inutilement " la population…(…)Y a t'il encore quelqu'un responsable de la Santé Publique en France ? "

Il devient désormais impossible au lobby de l'amiante d'endiguer la déferlante qui s'annonce. En février 1996, Ban Asbestos participe en tant que membre associé à la création de l' Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante (ANDEVA). Les Pouvoirs Publics doivent se résoudre à interdire enfin l'amiante dans notre pays, mesure annoncée le 3 juillet 1996 et effective à compter du 1er janvier 1997.

Dans un communiqué en date du 5 juillet de la même année, le réseau BAN souligne que "les coûts de la reconversion et de l'indemnisation des victimes doivent incomber à l'industrie" avant de demander que "la France soutienne désormais un projet de directive européenne d'interdiction de l'amiante dans les pays de la CEE et que soit introduite dans la réglementation commerciale internationale une clause imposant aux firmes transnationales d'appliquer les réglementations en vigueur dans la CEE".

Chez les marchands de mort, on s'inquiète de l'évolution de la situation. Le 22 juillet 1997, l'Institut de l'amiante canadien réagit dans un mémorandum avec un seul mot d'ordre : "minimiser l'impact de la décision française en Europe et au niveau international"…. Non sans au passage reconnaître l'efficacité de notre travail : "The French government's decision underscores the effectiveness of the Ban Asbestos movement. It is expected that Ban Asbestos will move quickly in other countries in order to capitalize on its recent success in France" ("la décision du gouvernement français témoigne de l'efficacité du mouvement Ban Asbestos. On peut s'attendre à ce que ce mouvement s'étende rapidement à d'autres pays afin de capitaliser son récent succès en France") .

La bataille se déroule effectivement désormais au plan européen où BAN multiplie contacts et rencontres : le 13 mars 1997 séance de travail sur l'interdiction de l'amiante en Europe au Parlement européen de Strasbourg avec le député vert Paul Lannoye ; en juillet 97, contribution à la conférence nationale de l'AEA italienne à Milan. Pour autant le réseau ne néglige pas ce qui se passe dans l'hexagone et de premiers échanges permettent rapidement de comprendre l'importance de ce qui deviendra " l'affaire du CMMP d'Aulnay sous Bois ".

Le Canada et les organisations internationales

L'été 1997 va être marqué par une offensive du lobby de l'amiante avec la tentative d'instrumentaliser les organisations internationales :des scientifiques sont sollicités pour la relecture de chapitres d'un rapport de l'OIT (Organisation Internationale du Travail) intitulé " Exposition aux fibres naturelles et synthétiques ". En fait le rédacteur du chapitre sur l'amiante n'est autre que Jacques Dunnigan, qui a été longtemps porte-parole de l'Institut de l'amiante au Québec et l'éditeur en charge de ce travail n'est pas un inconnu pour tous ceux qui suivent ce dossier de près : il s'agit de Graham Gibbs, défenseur acharné et de longue date de l'industrie de l'amiante…La conclusion du chapitre est donc sans surprise : " Il n'y a pas de risque excessif pour les travailleurs manipulant de l'amiante chrysotile aux niveaux d'exposition actuellement contrôlés ".Devant le refus de beaucoup de scientifiques de voir leur nom associé à cette manœuvre et la protestation de nombre de syndicats, le rapport sera stoppé. Le rôle de veille de BAN, associé à d'autres réseaux de par le monde, voit son importance confirmée avec la mise en échec de cette manipulation vraisemblablement engagée dans la foulée d'une Conférence sur l'amiante organisée au Brésil en mai 1994 par les industriels pour contrer les effets de notre colloque de mars 1994.

Mais le Canada ne se décourage jamais : il tient à rester dans le peloton de tête des marchands de mort. Aussi attaque-t-il la décision française d'interdiction devant l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) en mai 1998 avec pour objectif déclaré de " maintenir l'accès au marché pour les produits à base de chrysotile dont l'usage est sans risque quand il est utilisé correctement ". Ce sera désormais une constante dans la stratégie canadienne de pression tous azimuths : essayer d'accréditer l'idée que le chrysotile (amiante blanc) est inoffensif en comparaison des autres variétés d'amiante (comme la crocidolite ou amiante bleu). L'Institut de l'Amiante sera d'ailleurs débaptisé et deviendra l'Institut du Chrysotile…La ficelle est grosse : le chrysotile représente environ 90% de l'amiante produit et utilisé dans le monde. Il s'agit donc pour le lobby de sauver l'essentiel en se livrant à la désinformation la plus grossière puisque toutes les variétés d'amiante sont reconnues comme cancérogènes.

Vers une interdiction européenne de l'amiante

En cette année 1998 rien n'est encore joué au plan européen et l'offensive canadienne vise à empêcher l'Europe de basculer à son tour. Raison de plus pour ne pas faiblir ! En juin 1998 le réseau organise une réunion au Parlement Européen à Bruxelles qui rassemble parlementaires européens et représentants d'associations, de syndicats et de mouvements. L'objectif est de faire le point sur l'état d'avancement du projet de directive d'interdiction totale de l'amiante en Europe et de tout faire pour qu'il aboutisse. Laurie-Kazan Allen, qui publie depuis le début des années 90 la Ban Asbestos Newsletter, apporte alors une nouvelle impulsion à BAN en favorisant le rassemblement des différents réseaux déjà engagés dans la lutte contre l'amiante.

De cette rencontre va naître en 1999 IBAS (International Ban Asbestos Secretariat) C'est une instance d'information et d'appui au réseau. Celui-ci demeure ce qu'il est depuis la Déclaration de Sao Paulo : un réseau informel permettant l'échange d'information, la solidarité et le soutien aux actions de tous ceux qui luttent pour un bannissement mondial de l'amiante et pour que justice soit rendue aux victimes. Désormais Laurie Kazan-Allen sera l'infatigable animatrice d'IBAS. C'est en 1999 que l'Union Européenne décide de l'interdiction de l'amiante dans tous les Etats membres, cette interdiction devant être effective en 2005.

Toujours en 1999, BAN intervient dans la controverse devant l'OMC en envoyant une lettre à la Division du Commerce et de l'Environnement pour dénoncer le mythe de l'usage contrôlé de l'amiante et les mensonges propagés par le Canada dans son argumentaire.

Le mouvement international pour l'interdiction de l'amiante s'étend

L'année 2000 va être marquée par deux évènements : du 17 au 20 septembre se tient à Osasco au Brésil une Conférence internationale contre l'amiante. Après Milan en 1993 et Sao Paulo en 1994, cette rencontre est un nouveau temps fort de l'action de BAN. La ville d'Osasco n'a pas été choisie au hasard :elle a été pendant longtemps le centre d'une industrie brésilienne de l'amiante-ciment dominée par Eternit ( groupe suisse) et Brasilit (filiale de Saint-Gobain).

Des dizaines de délégations sont présentes, venues d'Afrique du Sud, du Pérou, d'Argentine, du Chili, du Mexique, des Etats-Unis, du Canada, de Grande-Bretagne, d'Italie, du Portugal, d'Inde, de Malaisie, du Japon, de Chine, d'Australie, etc… à l'invitation de l'ABREA (Association Brésilienne des Anciens Exposés à l'Amiante), de BAN et d'IBAS. En présence des pouvoirs publics de la ville d'Osasco, ces délégations mêlent syndicalistes, médecins, hygiénistes, militants associatifs et politiques, travailleurs sociaux, écologistes, épidémiologistes et surtout victimes et salariés exposés. Cette rencontre consacre une manière de construire une expertise collective par le partage des savoirs des uns et des autres et de repartir plus forts afin d'atteindre les objectifs fixés : dénoncer les stratégies de " double-standard " des multinationales européennes (Eternit et Saint-Gobain), faire reconnaître les droits des victimes, obtenir des pouvoirs publics qu'ils gèrent l'amiante en place sans dommage pour la santé publique et enfin progresser vers l'interdiction mondiale de l'amiante. A l'issue de cette Conférence, la municipalité d'Osasco annonce que l'amiante est désormais banni sur sa commune. Un petit pas de plus…

En septembre 2000, l'OMC rejette la plainte que le Canada avait déposé contre la France en considérant que l'interdiction était une entrave illégale à la liberté du commerce…Le Canada décide de faire appel.

Sur cette lancée l'année 2001 promet d'être animée et elle va l'être. Tour à tour l'Angleterre, la Belgique, la Hollande et l'Ecosse accueillent des rencontres permettant de renforcer la solidarité entre des participants venus de pays et de continents différents. Le 4 juin 2001 à Brighton, l' AG du syndicat anglais le plus engagé dans la lutte contre l'amiante (GMB's : General Municipal and Boilermaker's Union) est l'occasion de réaffirmer la nécessité d'une action internationale d'envergure.

Les 7 et 8 juin 2001 à Bruxelles, plus de 40 délégués venus d'une vingtaine de pays (dont beaucoup d'Europe de l'Est) se retrouvent à l'initiative d'IBAS et de l'ABEVA (Association Belge des Victimes de l'Amiante) .Ce séminaire permet aux participants de comparer et d'analyser les situations dans leurs pays respectifs et de faire pression pour que l'amiante ne disparaisse pas de l'agenda européen. Grâce aux témoignages des représentants de Lituanie, Pologne, Roumanie, Hongrie, Bulgarie et Slovaquie, l'étendue du désastre sanitaire que l'amiante a provoqué dans les pays d'Europe de l'Est devient palpable, son invisibilité étant due à la non-reconnaissance des maladies. Des nouvelles du Brésil permettent de mesurer " l'effet-domino "qui fait gagner du terrain à l'interdiction : les quatre Etats les plus industrialisés et bon nombre de villes sont gagnées mais toujours pas d'interdiction nationale en vue… Enfin l'analyse par Barry Castleman de la controverse Canada - France devant l'OMC met en évidence les pratiques anti-démocratiques tant de cette organisation que de son Organisme de Règlement des Différends (ORD) sur fond d'installation en catimini d'un véritable " gouvernement mondial " où les firmes transnationales dictent leur loi.

Deux autres réunions se tiennent également, l'une à Rotterdam en présence de députés, de juristes, de victimes et de chercheurs, l'autre à Glasgow ,véritable ville-témoin du désastre sanitaire causé par l'amiante dans une région, l'Ecosse, marquée par une longue histoire de chantiers navals et d'industrie lourde.

Mais l'Europe n'est pas la seule à bouger. Toujours en 2001 se déroule en octobre à Buenos Aires une rencontre latino-américaine sur l'amiante organisée par le Ministère argentin de la Santé avec le soutien de l'OMS, de l'ABREA et d'IBAS. Marquant la naissance d'un Forum Latino-Américain permanent ayant pour objectif l'élimination de l'amiante sur l'ensemble du Cône Sud, elle va permettre de faire le point sur une situation très variable d'un pays à l'autre. Le Chili interdit l'amiante en juillet 2001,suivi bientôt par l'Argentine, mais certains pays continuent de l'utiliser sur leur marché intérieur alors que dans le même temps ils l'ont remplacé par des produits de substitution pour l'exportation… Derrière ce constat, on retrouve comme toujours l'inacceptable logique du transfert des risques des pays dits " développés " vers ceux du " Tiers monde ". On retrouve également les habituelles pressions du Canada pour tenter d'empêcher toute décision d'interdiction, au Chili en particulier, mais ce n'est pas un scoop…

Pendant que le mouvement se renforce d'un continent à l'autre, une importante nouvelle est tombée en mars 2001 : l'organe d'appel de l'OMC confirme que la plainte du Canada contre la France n'était pas fondée. Selon le rapport, toutes les variétés d'amiante sont cancérogènes et le chrysotile ne peut être considéré comme analogue aux produit de substitution. Une belle victoire pour un mouvement social réunissant victimes, scientifiques, chercheurs, professionnels, syndicalistes et simples citoyens.

La mondialisation des luttes

L'année 2002 va s'ouvrir sur une première de taille : les 7500 mineurs sud-africains qui avaient porté plainte contre la multinationale anglaise Cape et bataillaient depuis 1997 afin que soient reconnues les conséquences dramatiques sur leur santé de l'exploitation des mines d'amiante sud-africaines, obtiennent gain de cause avec 21 millions de livres de réparation. C'est la fin du premier grand procès international de l'amiante.

Au cours des années suivantes, l'affrontement se poursuit sans répit d'un continent à l'autre entre le lobby pro-amiante emmené par le Canada bien sûr, mais aussi la Russie et la Chine, et tous ceux pour qui la santé publique passe bien avant les impératifs du commerce international.

Les Conférences se succèdent comme celle d'Ottawa du 12 au 14 septembre 2003 : " L'amiante canadien : une préoccupation mondiale ". Un véritable coup de pied dans la fourmilière, dans un pays qui figure parmi le trio de tête des producteurs mondiaux d'amiante et cela ne manque pas de faire réagir violemment le lobby contesté au cœur même de son territoire. La présentation des résultats de la première enquête épidémiologique sur les maladies liées à l'amiante (cancers et mésothéliomes), menée par Louise De Guire de l'INSP du Québec, ouvre une brèche dans le mur du silence qui empêche tout débat sur ce sujet et pour la première fois des Canadiens, y compris des syndicalistes, désavouent publiquement la position pro-chrysotile du gouvernement canadien. Quelques mois plus tard, le 5 décembre, se tiendra une réunion historique donnant le jour à la première association de victimes dans ce pays, Association des Victimes de l'amiante du Québec (AVAQ) .

Au début de l'année 2004, la situation devient très tendue au Brésil avec la violente mise en cause de notre amie, Fernanda Giannasi, inspectrice du travail dans l'Etat de Sao Paulo et bête noire des industriels. L'interdiction de l'amiante dans quatre Etats et 70 municipalités du pays est intolérable pour eux. Lettre anonyme, mise au placard, menaces… Il faudra une campagne internationale de soutien pour que l'administration brésilienne redonne à F.Giannasi une certaine liberté d'action. Et le 26 Août 2004, suite à une action en justice du Ministère Public de São Paulo (équivalent du parquet), Eternit est condamné à indemniser ses employés malades de l'amiante au Brésil. Ce jugement s'applique à tous les employés et ex-employés d'Eternit au Brésil. Plus de 2000 personnes sont concernées et le montant total des indemnisations pourrait atteindre 500 millions de reais (environ 160 millions ). Il s'agit d'une importante victoire pour les victimes de l'amiante au Brésil. Il faut, toutefois, noter que cette décision ne s'applique pas aux victimes d'autres compagnies, comme par exemple Brasilit (Saint-Gobain), même si on peut espérer que ce jugement fasse jurisprudence.

Le mois de mai 2004 voit se dérouler une première réunion internationale sur l'amiante en Pologne et une rencontre en Hollande organisée par l'Association hollandaise des victimes de l'amiante (Dutch Society for Asbestos Victims). Les questions de prévention et d'indemnisation sont au centre des débats. A l'automne c'est au Parlement européen que sont abordées les questions liées à l'interdiction programmée pour le premier janvier 2005 en Europe :que va-t-il se passer avec les nouveaux pays intégrant l'Union Européenne ? Où en est la prévention ?

A propos de prévention, une autre bataille se déroule sur le terrain de la Convention de Rotterdam qui oblige les producteurs de produits toxiques figurant sur une liste baptisée PIC (Prior Informed Consent) et périodiquement révisée à informer les Etats sur la dangerosité de ces produits, et ce avant toute mise sur le marché. En septembre 2004, l'inscription du chrysotile sur cette liste est à l'ordre du jour. Canada, Russie et Chine vont réussir à s'y opposer, une position dénoncée par l'association des victimes du Québec lors d'une conférence de presse.

Pour une interdiction mondiale de l'amiante

Enfin en novembre 2004 le Congrès international de Ban Asbestos (Global Asbestos Congress) se tient au Japon, événement particulièrement important sur un continent où le lobby est à l'offensive partout pour pérenniser l'usage de l'amiante(cf le congrès qu'il a organisé en Inde en novembre 2003).Il réunit des associations de 40 pays différents et près de 800 participants pour un bannissement mondial de l'amiante et pour que justice soit rendue aux victimes. Il est aussi l'occasion d'attirer l'attention sur l'intense propagande pro-amiante orchestrée par le Canada aussi bien en Afrique qu'en Asie et en Amérique latine pour faire prospérer le marché de l'amiante-ciment. Il permet enfin de pointer le développement d'un autre marché, celui du démantèlement des navires par des chantiers navals asiatiques où les travailleurs enlèvent l'amiante sans aucune protection. Les pays de l'Union européenne se permettent ainsi de dégager leur responsabilité en contrevenant aux règlements internationaux, notamment la Convention de Bâle, qui interdisent l'exportation de déchets toxiques. L'affaire du Clemenceau en fournira l'exemple parfait.

Mais la lutte ne se déroule pas que dans les salles de conférence ou par voie de presse. Ainsi en Egypte une lutte oppose fin 2004 les ex-ouvriers de l'usine de canalisations en fibrociment Ura-Misr au propriétaire et aux directeurs successifs : surexploitation des ouvriers, absence de protection pour le déchargement quotidien de 36 tonnes d'amiante et pour le travail au mélangeur, absence d'information, dissimulation des radios et examens de santé… Maladies et décès ne tardent pas à frapper avant que n'interviennent des licenciements abusifs, tandis que des salaires restent impayés depuis septembre 2004. Les ouvriers se battent pour la reconnaissance de leurs maladies professionnelles et l'obtention d'indemnisations. BAN se joindra à la campagne de soutien organisée par Réseau-Solidarité de la fédération Peuples Solidaires.

Le premier janvier 2005 l'interdiction de l'amiante devient effective dans tous les Etats membres de l'Union Européenne. C'est cette même année qu'éclate l'affaire de la " coque Q 790 " c'est à dire de l'ex porte-avions Clemenceau. Une longue bataille navale s'engage qui va mobiliser l'énergie de tout le réseau au plan international, l'enjeu n'étant rien d'autre que la fin de la Convention de Bâle. Elle trouvera son épilogue en 2006 et cette victoire mémorable sera riche d'enseignements.

Les 22 et 23 septembre 2005 se tient une réunion au Parlement européen à Bruxelles à l'initiative d'IBAS et de parlementaires européens. Le démantèlement des navires en fin de vie est à l'ordre du jour. Contact est pris avec l'association Justice environnementale basée à Genève ainsi qu'avec une association d'avocats bengalis qui mènent un gros travail au Bangla Desh.

L'intervention du Commissaire européen à l'Environnement, Stavros Dimas, conforte notre analyse de la situation du Clemenceau : la coque Q 790 est bien un déchet, qu'il s'agisse d'un matériel militaire n'y change rien, la France est tenue de respecter la Convention de Bâle et la Directive européenne sur le transport des déchets. Restera par la suite à explorer la possibilité de déposer plainte contre les armateurs qui continuent à agir en toute illégalité.

En cette année 2005 les choses bougent aussi en Suisse à l'initiative du CAOVA (Comité d'Aide et d'Orientation des Victimes de l'Amiante).L'interdiction dans ce pays a eu pour effet de faire retomber le silence sur la situation des victimes et sur la gestion de l'amiante en place. Le CAOVA tente d'organiser des plaintes collectives intégrant les immigrés en particulier italiens qui ont travaillé dans les usines suisses du groupe Eternit, mais aussi ceux qui ont travaillé dans les établissements italiens. L'enquête ouverte par le procureur de Turin avance et devrait déboucher sur un procès mettant enfin en cause Stephan Schmidheiny, magnat de l'amiante qui s'est refait un lifting médiatique en investissant le marché du " développement durable "…

En 2006 c'est bien sûr la date du 15 février qu'il faut retenir. En France, ce jour-là, le Conseil d'Etat suspend la décision d'autoriser l'envoi de la coque de l'ex Clemenceau vers la baie d'Alang en Inde. Victoire considérable due à un certain nombre de facteurs : le travail fait bien en amont par Jim Puckett du Basel Action Network et Martin Besieux de Greenpeace international lors de la rédaction de la convention de Bâle ; celui effectué par Greenpeace, la FIDH et une association du Bengladesh, Young power in social Action (YPSA), sur les conditions de travail des ouvriers du démantèlement des navires en Asie ; les liens établis avec les " activistes " indiens notamment lors du Global Asbestos Congress de Tokyo à l'automne 2004 ; le soutien de l'ARDEVA Sud-Est, de la CGT de Toulon et des contacts de Brest ; le travail remarquable du cabinet d'avocats Teissonnière - Topaloff - Lafforgue en collaboration avec Ban Asbestos-France ; la mobilisation de nombreux journalistes ; la réactivité totale de tous les acteurs de ce dossier mené au jour le jour ; la synergie des compétences et des mobilisations, en France comme en Inde ; enfin les bourdes de l'Etat français…

Conséquence de tout cela : la question de l'amiante est reposée de manière spectaculaire en Inde, pièce maîtresse dans la stratégie du lobby international et le mouvement mondial pour l'interdiction de l'amiante repart de plus belle.

Rien n'est gagné cependant. En septembre 2006, une nouvelle réunion pour la mise à jour de la liste PIC dans le cadre de la Convention de Rotterdam ne permet pas de faire sauter le verrou canadien, russe et chinois qui bloque l'inscription du chrysotile sur cette liste. Rendez-vous pour la prochaine mise à jour… En Asie, le débat continue à faire rage, les conférences organisées étant l'occasion de faire connaître notre point de vue, comme à celle qui se tient à Bangkok en Thaïlande en juillet 2006 et à laquelle participe Laurie Kazan Allen pour IBAS.

Le combat continue ….

La bataille pour l'interdiction mondiale de l'amiante lancée au Séminaire de São Paulo en 1994 est loin d'être terminée. Dans un premier temps, l'industrie a tenté d'empêcher l'interdiction en France. Elle a perdu. Puis elle a essayé de contenir cette interdiction au seul territoire français. Sans succès. Elle mène maintenant des batailles à retardement pour conserver notamment les marchés d'Afrique, d'Asie et d'Amérique Latine. Ces pressions prennent différentes formes mais s'inscrivent toutes dans une stratégie de double-standard, dont l'affaire du Clemenceau est la dernière illustration.

Le Canada reste en pointe, avec son Institut du Chrysotile, pour défendre ce qu'il considère comme une industrie d'intérêt stratégique national, ce qui donne lieu à des manifestations de " patriotisme économique " où tous ceux qui dénoncent les dangers de l'amiante sont présentés comme des agents manipulés par des industries concurrentes (fabriquant des produits de substitution), " étrangères " de surcroît, visant à faire du tort à " l'intérêt national ". Le son de cloche est le même au Brésil où, par ailleurs, on assiste au développement d'une stratégie des multinationales consistant à se retirer - partiellement ! - en laissant aux opérateurs nationaux la gestion des sites pollués et la confrontation avec le problème des indemnisations à verser aux victimes.

Face à ces manœuvres destinées à retarder de quelques décennies supplémentaires une interdiction mondiale de l'amiante, un mouvement social sans précédent prend de l'ampleur. Il y a urgence : l'Organisation Mondiale du Travail (OIT) estime que le nombre de morts au travail causées par l'amiante s'élève à plus de 100 000 morts par an et le Docteur Jukka Takala de l'OIT affirme que cette évaluation pourrait être sous-estimée de 40%…. En 2006, lors de la 95e Assemblée générale, pour la première fois, l'OIT s'est prononcée pour la fin de l'usage de toutes les variétés d'amiante.

 

Patrick Herman, juin 2007