L'ex-usine CMMP d'Aulnay-Sous-Bois (l'historique du dossier ici) - les articles de monaulnay.com - la chronologie ci-jointe

informations 2017

Janvier

Le comptoir des minéraux et matières premières (CMMP) enfin condamné pour " faute inexcusable " (Cour d'appel 19/10/2016) :

Il a fallu pas moins de 16 années de procédures et toute l'opiniâtreté de notre bureau d'avocats TTLA pour faire enfin condamner le CMMP pour " faute inexcusable " en tant qu'employeur ayant mis en danger la vie d'un de ses ouvriers. Mohamed a été employé de 1963 à 1964 aux broyeurs d'amiante qu'il alimentait en minerai et mettait en sac (ensachage) la poudre d'amiante ultra fine qui en résultait. Plusieurs survivants ont pu témoigner des conditions de travail dignes des romans de Zola ! Le brouillard de poussières des ateliers était tel qu'à 6 mètres les ouvriers ne se reconnaissaient pas entre eux. Une année de travail au service du CMMP a suffit pour saturer ses poumons de poussières et le faire mourir à 59 ans, asphyxié à petit feu. Pour l'amiante, cette maladie s'appelle l'asbestose. Les quantités de poussières inhalées sont telles que le malade décède avant la survenue du cancer.

Le réquisitoire est sans appel. Les dirigeants du CMMP savaient qu'ils exposaient leurs salariés aux poussières mortelles puisque que " leur attention … et leur conscience … avaient été attirées par les organismes de contrôle et de prévention de la Sécurité Sociale et des installations classées insalubres et dangereuses et, ce, en 1950, 1951, 1956, 1959 ".

Mieux, ses dirigeants se sont enfermés dans le déni cynique, prétendant que les manchons de conduits d'aspiration des matières retenaient la farine d'amiante alors que ces manchons n'étaient qu'en simple tissu perméable à la poussière, de l'aveu même de l'encadrement de l'usine. De même, ce simulacre de protection de masques en simple tissu était totalement inefficace. Jamais la moindre information n'a été donnée à ces travailleurs.

Notre association dispose, par ailleurs, de bien d'autres témoignages confirmant également l'étendue des poussières rejetées dans le quartier : écoles, jardins des riverains, maraîcher, commerces, cimetière, et jusqu'à l'intérieur des habitations situées à 150 mètres.

Mohamed a été reconnu en maladie professionnelle et sa veuve, ses enfants et petits enfants, ont été indemnisés. Bien maigre consolation mais cela ne fait pas le compte car bien d'autres travailleurs, victimes du CMMP, sont morts dans l'anonymat le plus total. L'ARS (agence régionale de santé du ministère) refuse de rechercher ces travailleurs alors qu'il suffirait de prendre les fichiers officiels des retraités classés par année et entreprise.

Les quatre études et recherches officielles qui ont été obtenues (premières en France) ne l'ont pas été sans une haute lutte, et qu'il nous faut continuer afin de faire émerger ce scandale sanitaire.