Il y a un Clemenceau à Aulnay, il s'appelle le Comptoir des Minéraux et Matières Premières (CMMP)

 
Pierre à l'école en 1953

la nouvelle cour mitoyenne de l'école en 2007

 En 1995, Pierre Léonard tombe malade et le pneumologue diagnostique un mésothéliome (cancer de l'amiante). Dès lors, sa sœur et son beau-frère vont mener une enquête minutieuse acharnée afin de comprendre le pourquoi de la chose et remonter au responsable de la maladie. Cette enquête les mène devant l'usine qui broyait de l'amiante à peu de distance de leur domicile et de l'école. Ce dossier a été ouvert en 1995 et l'est toujours aujourd'hui en 2007.

 

 L'ELEMENT DECLENCHEUR

La lettre écrite par la sœur de Pierre à la Mairie et à la Préfecture pour savoir ce que faisait cette usine CMMP et la motivation sur la recherche de la vérité envers et contre tout pour comprendre.

  

LES RECHERCHES 

La mémoire revient aux anciens du quartier que Nicole questionne et où habite la victime qui décède en Juin 1996 : " l'usine au bout de la rue, c'est le CMMP (Comptoir des Minéraux et Matières Premières) on l'appelait l'usine d'amiante ". Gérard et Nicole se heurtent dès le début de leurs recherches aux autorités lorsqu'ils demandent ce que fabriquait l'usine. La Mairie, qui possède pourtant un dossier sans équivoque, noie le poisson " elle fabriquait du silice et de l'oxyde de fer ". La Préfecture, au dossier non moins révélateur, prétendra que l'usine n'a traité l'amiante bleu (le plus toxique) qu'avant guerre et que cette production n'a pas repris depuis. Le couple est persuadé qu'on ne lui dit pas la vérité, il y a en mairie un plan d'atelier d'amiante datant de 1968, vu par chance et avec un peu de ruse, et une première consultation du volumineux dossier en préfecture (interdiction de photocopier les pièces) laisse entrevoir une production d'amiante jusque dans les année 1970. L'Inspection du Travail perd le dossier (il sera retrouvé plus tard par la police judiciaire). Nicole et Gérard persévèrent, à deux la réflexion est plus féconde, inventive et ils sont soutenus, encouragés par Ban Asbestos France (1) puis par l'Andéva (2) qui se crée en 1996. Forte de ces premières informations, la famille porte plainte en justice, une pré-enquête est ouverte en 1997. Le couple poursuit ses recherches aux archives municipales et départementales, puis en 2000, après 5 ans d'enquête, il obtient enfin l'autorisation auprès de la CADA (3) de consulter librement les dossiers, réunissant 350 photocopies et reconstituant toute l'affaire.

(1) Ban Asbestos France (bannir l'amiante)

(2) Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

(3)Commission d'Accès aux Documents Administratifs

  

L'HISTORIQUE DE LA POLLUTION

 Le CMMP installe son usine de broyage de minéraux à Aulnay, en plein centre ville, en 1938. Cette usine est classée " insalubre et dangereuse ". Pourtant les autorités vont donner leur accord. Elles savent le caractère mortifère de l'amiante : dès 1906, la revue des inspecteurs du travail relate l'hécatombe dans une usine de textile amiante en Normandie qui fait 50 morts en 5 ans parmi les ouvriers. Début des années 1930, la revue des médecins du travail sort une étude complète sur l'asbestose. Malgré cela, malgré l'opposition des riverains (102 signatures lors de l'enquête publique) et l'école de 600 élèves à 50 mètres de là, l'arrêté d'ouverture sera accordé précisant toutefois que " les ateliers devront être parfaitement étanches de manière à ce qu'aucune poussière ne puisse s'en échapper, ni par les ouvertures, ni par les interstices existant dans les murs ou toiture ". Ces dispositions ne seront jamais respectées, les bâtiments de tôles et de briques toujours en place aujourd'hui n'ont jamais eu aucune étanchéité, les poussières s'en échapperont d'autant plus abondantes que les conditions de travail à l'intérieur sont moyennageuses : l'amiante est jeté dans les trémis et récupéré en farine dans des sacs ; toutes ces opérations sont manuelles et réalisées sans aucune protection par une main d'oeuvre nord-africaine d'autant plus docile qu'on est en pleine guerre d'Algérie. Le tournevers est important. Un témoin survivant de cet enfer blanc parle : "à plus de 6 mètres on ne se reconnaissait pas entre collègues tant le brouillard de poussière était épais".  

LES PLAINTES DES RIVERAINS SERONT PERMANENTES 

Elles ne cesseront qu'avec la fermeture en 1991. Quelques exemples :

En 1955-56-57, l'inspecteur municipal de salubrité rend des rapports accablants " les poussières provenant de cette usine se répandent sur les légumes du maraîcher et le cimetière voisin ", malgré ses interventions " les ateliers travaillent constamment portes ouvertes ... "

En 1959, les élus locaux qui sont très au fait des dangers de l'amiante, multiplient les interventions en Préfecture sans obtenir le moindre résultat malgré l'enquête d'une commission d'hygiène municipale dirigée par le médecin communal qui fait état des poussières sur le voisinage, commerces, jardins, etc ... et souligne les risques d'asbestose pour la santé publique. L'industriel poursuit sa pollution en toute impunité.

En 1962, les bâtiments sont éventrés à la suite d'un important incendie mais la production n'est pas interrompue pour autant. Un cercle vicieux s'instaure : pollution = plaintes = contrôles sans suite = pollution de plus belle = nouvelles plaintes, etc ...

En 1968 : " avis de tolérance " de la Préfecture.

En 1970 : " le fonctionnement de l'usine est acceptable ".

En 1971 : pétition des parents d'élèves " retombées nocives de poussières sur l'école, nombreux cas de conjonctivites, laryngites, pharyngites chez les enfants ... "

En 1972-73-74 : les pétitions continuent " poussières à l'intérieur des maisons situées à 160 mètres, 3 millimètres de poussière sur les tombes du cimetière ".

En 1977 : l'inspecteur au cours d'un énième contrôle admet " une fine poussière répandue sur les toitures des pavillons environnants "

En 1986 : le CMMP manipule toujours de l'amiante dans son usine d'Aulnay, ventant ses produits dans l'annuaire de la chimie.

 

LES RAPPORTS AVEC LES AUTORITES : UNE LONGUE MARCHE 

En 2000 - la bataille devient collective

La plainte de la famille est acceptée, un juge d'instruction est nommé, les médias s'intéressent à l'affaire (presse, télévision, radio). Nicole et Gérard organisent avec ADDEVA 93 (Association Départementale de Défense des Victimes de l'Amiante de Seine-Saint-Denis) une réunion publique, persuadés qu'il y a d'autres victimes. Nous espérions quelques personnes autour d'une table mais c'est plus de 100 riverains qui se pressent dans la petite salle du quartier. Les malades se font connaître et témoignent d'exposition de 30-40, voire 50 ans auparavant. Les questions fusent, l'émotion est grande.

Premières permanences, premiers dossiers en vue d'indemnisation et plaintes en justice.

L'ancienne usine fermée depuis 1991 n'a pas été dépolluée et est ouverte aux quatre vents, les enfants en ont fait leur terrain de jeux.

La Préfecture qui nie le danger depuis 1996 se décide à demander une étude de recherche d'amiante.

Dès 1998, la famille Voide/Léonard avait alerté le Ministre de la Santé qui avait promis une étude de prévalence des maladies autour de l'usine ; aucune suite n'y a été donnée.

En 2000, elle remet un dossier à la DGS (Direction Générale de la Santé) qui ne parviendra jamais à la DDASS (Direction Départementale d'Action Sanitaire et Sociale).

En 2001 - Création d'un collectif de riverains et victimes du CMMP de 60 adhérents

Accompagné de responsables d'ADDEVA 93, d'une victime et de la directrice de l'école maternelle, entrevue en Préfecture. Trois fiches techniques sont remises demandant :

1. La fermeture du site industriel, le colmatage des plaques d'amiante-ciment de la toiture dégradées et menaçant la cour de l'école maternelle désormais mitoyenne.

2. les études complémentaires de pollution, l'analyse des poussières, le carottage du sous-sol à l'emplacement des broyeurs, la recherche des anciennes fosses, le plan de prévention de retrait d'amiante, la déconstruction en toute sécurité.

3. l'étude de prévalence des maladies de l'amiante autour de l'ancienne usine.

La famille découvre grâce à des médecins locaux un taux anormal de mésothéliomes dans le quartier, contact la DDASS (Direction Départementale d'Action Sanitaire et Sociale). Un groupe de travail est prévu. 

 

En 2002 - le Collectif des Riverains et Victimes du CMMP compte 70 adhérents

Le site industriel est enfin clos mais pas d'étude de pollution et le groupe de travail de la DDASS est mort-né. Nouvelle réunion en Préfecture, houleuse, très tendue. Les Associations sont priées d'apporter la preuve du danger et des maladies alors que, déjà, 30 cas sont recensés.

 

En 2003 - le Collectif des Riverains et Victimes du CMMP compte 90 adhérents

La famille s'invite au CDH (Comité Départemental d'Hygiène) dans lequel le Préfet a convoqué le pollueur mais pas les représentants des victimes. L'arrêté préfectoral reconnaît enfin la présence d'amiante dans le site et la nécessité d'un désamiantage et d'une démolition contrôlée.

47 malades sont recensés.

Discussion difficile avec la DDASS et l'InVS (Institut National de Veille Sanitaire). 19 dossiers complets de malades leur sont remis. Une pseudo-étude est envisagée, sans aller sur le terrain. Les Associations refusent d'être instrumentalisées.

En Juin, un permis de démolir est déposé. Les Associations organisent une nouvelle réunion publique. Le permis sera gelé, le Maire s'engage devant 100 personnes à ne pas le signer sans consultation préalable des Associations. Cette promesse ne sera malheureusement pas tenue car le Maire signera en Août 2006. Au cours de cette réunion de riverains une motion réclame à nouveau un plan de désamiantage/déconstruction. Les parents d'élèves ont récolté 300 signatures.

 

En 2004 - Création d'un collectif regroupant 6 Associations :

Collectif des Riverains et Victimes du CMMP (150 adhérents) - Ban Asbestos France - Association Départementale de Défense des Victimes de l'Amiante du 93 - Parents d'élèves FCPE - Parents d'élèves LIPE - Aulnay Environnement

Le collectif organise une nouvelle réunion publique car le Préfet a refusé de transmettre l'importante étude de recherche d'amiante sur le site, étude réalisée par un cabinet, le CDB, à la demande du nouveau propriétaire, un promoteur immobilier.

L'auteur de l'étude participe à la réunion et explique :

  • la poussière d'amiante est partout
  • elle provient avant tout de l'ancienne activité de broyage
  • La nécessité d'un chantier de désamiantage sous confinement (bulle autour des bâtiments)
  • La nécessité de mesures d'urgence dites " conservatoires " devant le danger que représente notamment la chute de plaques du toit dans la cour de l'école maternelle et la libération des fibres d'amiante dans l'atmosphère
  • L'étude sera confirmée par un deuxième expert.

    Un troisième expert, contre toute évidence, ne verra :

    • Ni danger

      Ni le mauvais état des bâtiments

      Ni pollution, donc aucun désamiantage nécessaire..

    Nouvelle motion des Associations réclamant au Préfet :

  • Toute l'information
  • L'ouverture de la discussion
  • La prise d'urgence des mesures conservatoires contre le danger potentiel de chutes des plaques du toit
  • L'étude de prévalence des maladies de l'amiante autour de l'usine.

    On dénombre alors 50 malades dont 27 décès.

    Le Préfet met son véto à la poursuite des discussions avec les autorités sanitaires.

    En fin d'année, le " Comité Local de Surveillance " du site présidé par le Maire (et réclamé depuis 2003) est enfin en place. Il permettra surtout aux Associations d'avoir accès aux principales informations. 

    25 plaintes sont déposées en justice au pénal. Cette procédure traîne depuis 10 ans. Si la justice est quelquefois expéditive pour des faits mineurs, il n'en est pas de même lorsqu'il s'agit d'inquiéter les industriels de l'amiante responsables d'une catastrophe sanitaire.

    Les victimes ont le sentiment de deux poids, deux mesures.

     

    En 2005 - Le Collectif des Riverains et Victimes du CMMP compte 180 adhérents.

    Les Associations organisent, le 16 Avril, une manifestation devant l'immobilisme de la Préfecture. Un cortège digne, silencieux, défile dans la ville : " l'amiante ne doit plus tuer à Aulnay ", " désamianter sans délai l'usine CMMP ", " plus jamais ça ", " la santé de nos enfants n'est pas à vendre ", " justice pour les victimes ", " Monsieur le Préfet réveillez-vous ", "le CMMP a violé la loi protégeant les ouvriers des poussières industrielles ", " le CMMP a violé l'autorisation d'ouverture qui imposait le travail dans des locux parfaitement étanches " :

     

     Les noms des victimes sont égrenés un à un, leurs prénoms accrochés à la grille de l'usine :

     

     Les parents d'élèves ont recueilli 400 nouvelles signatures réclamant notamment les mesures conservatoires de protection d'urgence, les bâtiments délabrés menaçant les enfants des écoles mitoyennes.

    Petite manœuvre mesquine : la Préfecture convoque une réunion 2 jours avant la manifestation ; elle se déroulera sans les associations tout à leurs préparatifs.

    Après la manifestation, le dialogue avec les autorités est repris. Deux réunions ont lieu en sous-Préfecture en Mai et Juin.

    La CIRE (Cellule Régionale d'Epidémiologie) promet une véritable étude, cette fois sur le terrain, de l'impact de la pollution à l'amiante sur la population du quartier.

    L'ancien industriel doit produire une étude de désamiantage-déconstruction mais parallèlement introduit deux actions en justice pour éviter de payer la facture évaluée à 2 millions d'euros.

    La Préfecture refuse toutes mesures d'urgence dites " conservatoires ". Néanmoins, rendez-vous est pris pour la rentrée ; il n'aura pas lieu et un long silence s'installera.

      

    En 2006 - Organisation d'une réunion publique/conférence de presse/manifestation le 21 Janvier devant le silence du Préfet.

     Réunion en préfecture fin Février où est exposé le plan de l'ex-propriétaire de l'usine, plan de démolition à ciel ouvert après un simple dépoussiérage partiel. Opération à haut risque ne garantissant aucune sécurité pour la population et les travailleurs. Il n'est pas prévu de déménager les écoles mitoyennes. Le pari est pris que tout sera réalisé durant les vacances scolaires d'été.

    Les réponses aux objections des Associations se perdent dans le flou. On est prié de faire confiance au professionnalisme des intervenants !

    Pour se sortir de l'impasse, le représentant du Préfet promet une étude comparative entre le projet à ciel ouvert de " COTEBA " maître d'œuvre du CMMP, et le chantier sous confinement étanche extérieur " sous bulle " demandé par les Associations.

    Rendez-vous est pris début Avril ; il n'aura pas lieu, le CMMP et son maître d'œuvre Coteba refuseront de faire cette étude. Le Préfet ne les y contraindra pas.

    Le 16 Mars, les Associations tiennent une conférence de presse avec le concourt du Conseil Général du 93 exposant la nécessité d'un chantier confiné. Il y a assez de victimes (60 malades recensés dont 30 morts) sans en rajouter de nouvelles par une démolition à ciel ouvert de murs, charpentes et toiture imbibés d'amiante.

    Le 21 Mars, les Associations obtiennent de participer à l'expertise en justice et apportent de nombreuses informations que les experts ignorent. Ils tiennent leur informations d'anciens documents du CMMP pollueur et des autorités qui n'ont pratiquement plus de dossiers, ceux-ci ayant été saisis par la police dans le cadre de l'instruction en justice pénale !

    Seules, les Associations possèdent un dossier presque complet, résultat de 5 ans d'enquête personnelle suite à la mort de Pierre Léonard. Aussi, elles fourniront informations, plans et documents à tous les services officiels : Préfecture, Mairie, STIIIC, IT, DDASS, CRAMIF, BRGM, ADEME, InVS, CIRE, (*) etc …

    (*) (1) STIIIC : Service Inter Départemental d'Inspection des Installations Classées)

    (2) IT : Inspection du Travail

    (3) DDASS : Direction Départementale d'Action Sanitaire et Sociale

    (4) CRAMIF : Caisse Régionale d'Assurance Maladie d'Ile de France

    (5) BRGM : Bureau de Recherche Géologique et Minières

    (6) ADEME : Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie

    (7) InVS : Institut National de Veille Sanitaire

    (8) CIRE : Cellule Inter Régional d'Epidémiologie

      

    Elles resteront à l'initiative et vigilantes : 

    En Mai, des plaques d'amiante-ciment tombent du toit ; par bonheur dans la rue et non dans la cour de l'école maternelle.

    Les Associations interpellent les autorités (Maire et Préfet). 

    En Juin, elles prennent 49 photos édifiantes sur l'état de désagrégation du toit. Un exemple :

     

    En Juillet et Août :

    Préfet et Maire décident dans la précipitation de déménager les 2 écoles mitoyennes de l'usine pour la rentrée sans aucune concertation avec les parents d'élèves qui la réclamaient depuis longtemps :

    1) Première raison : ils ne peuvent plus nier le danger, leur responsabilité est engagée

    2) Deuxième raison : après un an d'étude, la CIRE confirme officiellement le lien entre la pollution due à l'usine et l'apparition de maladies dues à l'amiante chez les personnes ayant habité ou habitant toujours autour et les anciens travailleurs. C'est une véritable catastrophe sanitaire à retardement qui s'annonce. On dénombre 70 malades dont 34 décès et 16 mésothéliomes

    En Octobre : des matelas d'amiante chrysotile contenant une bourre d'amiante amosite (le plus toxique) sont découverts par Henri Pezerat, notre toxicologue, en façade quasiment à portée de mains. Aucune des 13 expertises ne les avaient repérés auparavant ! :

     

    A la suite, COTEBA, le maître d'œuvre, découvre un flocage d'amiante amosite proche des matelas.

    Les 30 et 31 Octobre, CMMP et COTEBA décident le début des travaux, sans attendre la fin des discussions et l'avis de l'Inspection du Travail et de la CRAMIF.

    L'intervention immédiate des riverains fait arrêter le chantier par l'Inspecteur du Travail et obligent à des sondages dans le sol et des mesures d'empoussièrement dans l'air qui révèlent dès les premiers coups de pelle que le sol est truffé d'amiante :

    COTEBA avoue même sa surprise de "retrouver de l'amiante sur et sous le sol de la cour lessivée par la pluie depuis la fermeture il y a 25 ans".

    C'en est trop ! Un réseau de vigilance se met en place afin de surveiller le futur chantier et mobiliser en cas d'alerte.

    Le plan de retrait Amiante est déposé, conforme au projet COTEBA le maître d'œuvre du CMMP.

    Octobre/Décembre : deux réunions avec l'Inspection du Travail et la CRAMIF qui sont heureuses d'accueillir les documents qu'ils ne possédaient pas dans leurs dossiers !.

    Les Associations sont reconnues comme " sachant ". On nous écoute attentivement mais le dialogue n'a pas lieu : devoir de réserve oblige !

    Le 1 Décembre : réunion en Préfecture, le projet COTEBA de désamiantage partiel et démolition à ciel ouvert est accepté par tous les officiels avec la caution du Ministère de l'Environnement !

     __________________________________________ EVOLUTION DE LA SITUATION EN 2007 :

La lutte est menée par un collectif de six associations, locales ou nationales, avec un large soutien de toute la population.

 L'étude de la CIRE (Cellule Interrégionale d'Epidémiologie) obtenue de haute lutte, confirmant officiellement la pollution par l'amiante due à l'ancienne production de l'usine CMMP, est bloquée en Préfecture. Pour les Associations, l'étude n'est pas une fin en soit mais un début. Il s'agit maintenant de diligenter une étude plus vaste :

  • Recherche active des personnes contaminées
  • Signalement des nouveaux cas par les médecins
  • Suivi médical des riverains qui le souhaitent
  • Information à la population des risques pour la santé

L'expertise du site, par décision de justice, est close. Les Associations ont obtenu la reconnaissance :

  • de la présence de poussière d'amiante dans tous les bâtiments et non pas dans le seul atelier d'amiante (thèse officielle de départ).
  • de la présence de la poussière en quantité dangereuse, de 1 900 000 à 5 600 000 fibres par cm2 sur les charpentes.
  • de l'existence de tous les types d'amiante sur le site, prouvant leur origine dans l'ancienne activité de broyage, ce que contestait le CMMP.

Mais, en opposition à la loi, les experts acceptent les travaux à ciel ouvert et le désamiantage partiel à sec avec aspirateur !

Quant aux Associations, elles ont fait bloquer le chantier. 

L'ex-propriétaire CMMP, qui a mandaté l'entreprise COTEBA comme maître d'œuvre pour défendre ses intérêts, s'obstine, pour des raisons financières évidentes, à défendre l'idée d'un simple retrait d'amiante non friable à sec, sans confinement total du chantier et une démolition à ciel ouvert ; alors que les Associations réclament la simple application de la réglementation qui est celle concernant l'amiante friable. Comme si la poussière n'était pas un matériau friable (" susceptible d'émettre des fibres d'amiante sous l'effet de chocs, vibrations ou mouvements d'air ", article 1 de l'arrêté du 14 Mai 1996) !

Quant à la Préfecture et aux pouvoirs publics, ils cherchent à faire appel à toute une série d'institutions et d'administrations pour tenter de justifier la position de l'ex-propriétaire. Manifestement, sachant que l'Etat aura à sa charge le désamiantage de toute une série de " sites orphelins " sur des friches industrielles, là où les propriétaires ont disparu ou sont insolvables, ils privilégient les solutions les moins onéreuses au détriment de la santé des intervenants et des riverains. 

Le 20 Juin 2007, s'est tenue une réunion publique des riverains du CMMP au cours de laquelle a été votée une motion adressée au Maire d'Aulnay-Sous-Bois et au Préfet du 93 (ici).

Suite à cette réunion, nous avons noté avec satisfaction le changement de position de la Mairie qui, dans son voeu du Conseil Municipal du 28 Juin 2007, demande maintenant : "le respect de la loi et de l'intégralité des textes régissant la dépollution des sites amiantés congenant de l'amiante friable ..." 

Restait à savoir ce que décideraient les juges cet été. Le jugement du Tribunal Administratif de Cergy Pontoise rendu le 4 Juillet 2007 établit définitivement que le désamiantage de la totalité du site est à la charge de l'ancien industriel CMMP, la démolition des bâtiments incombant au nouveau propriétaire Kapa immobilier (voir le communiqué de presse des Associations du 10 juillet 2007). Mais il approuve le plan Cotéba de démolition à ciel ouvert.

Ce jugement laisse donc entière la question de la méthodologie du chantier de désamiantage : il est impossible de désamianter puis ensuite démolir. Il ne peut s'agir dans le cas de ce site pollué que d'une seule et même opération. En effet, l'amiante est incrusté sur et à l'intérieur des murs de brique, du sol et du sous-sol. Toute démolition à ciel ouvert libèrerait les fibres d'amiante sur les écoles et les habitations riveraines.

Les Associations demandent au Préfet (lettre du 15 Juin 2007) sans l'accord duquel rien ne pourra se faire, qu'il exige l'application de la réglementation en matière de retrait d'amiante friable. Cette réglementation précise entre autres la "construction d'une enveloppe étanche à l'air et à l'eau autour des zones de construction à traîter".

Pour la protection de l'environnement et pour éviter de nouveaux malades dans 20 ans et plus, appliquons la loi, rien que la loi mais toute la loi :

  • L'arrêté préfectoral du 05/08/2004 concernant le CMMP
  • Le décret du 30/06/2006 relatif à la protection des travaileurs contre les risque amiante
  • L'arrêté du 14/05/1996 relatif aux règles techniques à respecter pour le retrait amiante
  • L'arrêté du 02/01/2002 relatif au repérage de l'amiante avant démolition.

La réunion qui nous avait été promise en Septembre 2007 s'est tenue en Octobre et les Associations ont sorti un communiqué de presse le 24 Octobre 2007. Enfin l'étude de santé publique de l'InVS autour de cette ancienne usine de broyage d'amiante CMMP est sur la toile confirmant les dires des Associations depuis le début du dossier.

Un nouveau permis de démolir et un nouveau plan retrait amiante doivent être présentés après l'annulation par la justice de ceux pour le seul bâtiment B (ancien atelier d'amiante) mais auparavant un projet doit être établi par les Ministères de la Santé, du Travail et de l'Ecologie et qui sera soumis à tous les protagonistes dont les Associations (lettre adressée aux Ministères le 31 Octobre 2007).



  • Expérience de la lutte à Aulnay

      Ce dossier relate l'expérience de deux individus seuls au départ aidés par Ban Asbestos France puis par tout un collectif d'associations. C'est un véritable mouvement citoyen qui s'est créé face à la convergence de différents facteurs s' enchaînant au fur et à mesure du temps, à la motivation, à la volonté, à l'acharnement et qui a fait se rallier de plus en plus de gens, venant d'horizons différents, sur les mêmes objectifs, avec leur sensibilité propre. Cette expérience de lutte est d'une extrême richesse, une force d'invention et d'action capable de tenir tête aux experts et aux spécialistes comme c'est le cas aujourd'hui en 2007.

      Cette bataille a nécessité un véritable travail de fourmi de la part de la sœur et du beau-frère de Pierre, pour la recherche d'informations :

    • - Auprès des riverains du site non décontaminé (à partir des noms des riverains pétitionnaires contre les nuisances de l'usine en activité, recherche sur le bottin téléphonique des personnes toujours présentes en cette année 1996, contacts téléphoniques, porte à porte)

      - Au service du cadastre en Mairie détenant un dossier sur les usines de la ville, des archives municipales pour la compilation des compte-rendus des conseils municipaux (relatant mot à mot les séances des élus, à la disposition de tout citoyen quel que soit son lieu de résidence)

      - A la Préfecture de Seine Saint Denis

      - Aux archives du journal local Le Parisien

      - Aux archives des Pompiers de Paris (un incendie ayant eu lieu en 1962)

      - Par des courriers au STIIIC (Service Technique Interdépartemental d'Inspection des Installations Classées d'Ile de France), aux ministères de la Santé, du Travail et de l'Environnement.

      Un travail de donneurs d'alerte auprès de toutes les personnes concernées avec l'aide sollicitée ou spontanément apportée par :

    • - Les militants des associations,

      - La directrice de l'école maternelle (convaincue à la lecture des premiers documents que son école se trouve à côté d'une sorte de bombe à retardement)

      - Les avocats des associations, compétents, chaleureux, ne demandant pas d'avance de frais sur les demandes d'indemnisations pour les victime de l'amiante tant auprès du FIVA (Fonds d'Indemnisation des Victimes de l'Amiante), que du TASS (Tribunal Administratif de la Sécurité Sociale) pour les reconnaissance en maladies professionnelles, que pour les plaintes au pénal, mais seulement sur les sommes gagnées (conditions déterminantes sans lesquelles les actions en justice n'auraient pas pu être envisagées).

      - Le tout premier article de presse dans la revue mutualiste " Viva ", suivi par la presse locale " Le Parisien " puis par la presse nationale de radio et de télévision. 

    La saisie de la CADA (Commission d'Accès aux Documents Administratifs) dont l'adresse est 35 rue Saint Dominique 75007 Paris (tél. 01 42 75 79 99) afin que Mairie et Préfecture autorise la consultation du dossier et la réalisation des photocopies désirées. En effet, la loi du 17 Juillet 1978 relative aux relations des citoyens avec leur administration fait obligation à cette dernière de laisser consulter et photocopier (moyennant finances) les documents administratifs à quelques exceptions prêtes (secret défense ou industrielle, vie privée). En cas de refus de la part de l'administration publique (Mairie, Préfecture, etc …) c'est la CADA qui arbitre et son accord est un véritable sésame. 

    L'organisation de réunions publiques pour débloquer la situation face aux autorités.

    En retour, de nouvelles forces se sont jointes à la bataille : 

    • - Les parents d'élèves (LIPE et FCPE) qui contactent le coordonnateur du dossier qui n'est autre que le beau-frère de Pierre, Gérard Voide, l'invitent à une de leur réunion pour expliquer aux parents les dangers actuels de cette usine fermée en 1991 mais non décontaminée et pour leur parler de la méthode de démolition à respecter dans un tel cas.

      - Aulnay Environnement

      - Des élus municipaux, départementaux, régionaux

      - Le Conseil Général du 93

     Résultat :  

    Naissance du collectif de 6 Associations en 2004 qui ont toutes la volonté d'agir pour exiger la prise de mesures immédiates de protection pour les enfants de l'école maternelle mitoyenne et les riverains et pour une décontamination/déconstruction dans les règles de l'art.